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Amundi et BNP Paribas AM vont créer des centrales de sélection de gérants

C’est une nouveauté sur le marché français et elle inquiète certains gérants d’actifs. Amundi et BNP Paribas Asset Management (AM) sont en train de finaliser, chacun de leur côté, une centrale d’achat censée sélectionner le meilleur de la gestion collective, a appris « Les Echos » de sources concordantes. Les filiales de gestion d’actifs du Crédit Agricole et de BNP Paribas auront ainsi leur propre infrastructure de délégation de gestion (« subadvisory »). Ce mécanisme consiste à confier la gestion de poches d’investissement à des gérants externes triés sur le volet, pour ensuite proposer un catalogue resserré de produits à moindre coût aux distributeurs d’épargne (banques privées et de détail, assureurs…).

« Nous voulons offrir à nos clients un accès plus simple et plus efficace aux meilleures stratégies du marché, en réduisant les frais de gestion grâce à des économies d’échelle, comme dans la gestion institutionnelle », confirme Denis Panel, responsable du pôle de gestion multi-actifs, quantitative et de solutions de BNP Paribas AM . Pour cela, nous allons lancer une plateforme de délégation de gestion en architecture ouverte, structurée dans une Sicav luxembourgeoise ».

Six gestionnaires retenus par Société Générale

Amundi ne fait pas de commentaires, mais plusieurs sources confirment son ambition, incarnée par François Régis Bacqueraz, le patron du « fund hosting » (hébergement de fonds) promu en décembre responsable du « subadvisory ». Le projet est l’un des axes de développement voulus par Valérie Baudson, qui deviendra en mai directrice générale du numéro un européen de la gestion d’actifs. Société Générale a lui aussi innové en lançant en février, pour sa banque de détail, une nouvelle gamme de produits dont la gestion est déléguée à six gestionnaires, tels que son partenaire historique Amundi, BlackRock, Mirova ou encore sa filiale de gestion Lyxor . Du côté de Natixis, la banque cotée de BPCE, aucune offre de ce type ne serait à l’étude pour le moment.

Pour autant, le mouvement inquiète déjà certaines sociétés de gestion, qui craignent d’être marginalisées si elles ne sont pas retenues par les nouvelles plateformes, ou de devoir sacrifier leur marge en contrepartie d’un mandat pluriannuel. « Les distributeurs qui basculent veulent remplacer plusieurs centaines de fonds en architecture ouverte par quelques dizaines seulement », s’alarme un professionnel.

Contourner l’interdiction des rétrocessions

Encore balbutiant en France, ce mode de gestion est très répandu aux Etats-Unis. En Europe, ce marché a crû de 35 % en trois ans, pour totaliser 855 milliards d’euros d’encours fin 2020, selon le cabinet de conseil Indefi. Mais il représente, à ce stade, moins de 5 % des 24.900 milliards d’euros de fonds et mandats en Europe recensés par l’Efama. Un tiers des actifs délégués relèvent de la gestion institutionnelle et les deux tiers de la distribution intermédiée. « Sur le segment de la distribution, le recours au ‘subadvisory’ est très fréquent au Royaume-Uni, qui pèse la moitié des encours avec un acteur de poids comme St. James’s Place, mais aussi dans les banques privées suisses (UBS, Edmond de Rothschild…), et en Italie avec des réseaux qui dominent le marché local de l’épargne tels que Banca Generali et Fideuram, explique Richard Bruyère, associé chez Indefi. C’est une alternative bon marché au modèle du fonds de fonds [où les frais s’empilent, NDLR]. Elle permet aussi de rémunérer les distributeurs face à l’interdiction des rétrocessions dans la directive européenne Mif II, après leur bannissement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. »

La banque néerlandaise Rabobank a ainsi délégué la gestion d’une partie de son portefeuille de 50 milliards d’euros à BlackRock, le leader mondial de la gestion. L’annonce du partenariat, en 2019, a marqué les esprits. Tout comme l’offensive de l’espagnol Allfunds, principal grossiste de fonds en Europe (dont BNP Paribas est actionnaire).

Lancement en juin

Comme plusieurs de leurs concurrents, les groupes français s’appuient sur des sicav de droit luxembourgeois. Celle d’Amundi devrait être lancée en fin d’année, et celle de BNP Paribas AM, baptisée « AMSelect », en juin prochain. « Notre sicav comptera dix compartiments consacrés aux actions européennes, euro, américaines et émergentes et aux obligations européennes, détaille Denis Panel. Chaque stratégie sera confiée à une société de gestion externe choisie par nos équipes en collaboration avec FundQuest Advisor, notre structure de sélection de fonds, en fonction de la qualité de leur processus d’investissement, historique de performance et gestion des risques, et de leur engagement dans l’investissement responsable. » Ces gérants ne répliqueront à la lettre l’un de leurs fonds existants, mais s’adapteront au cahier des charges de BNP Paribas AM, notamment en matière de finance verte.

« Nous visons une dizaine de milliards d’euros d’encours pour notre sicav qui démarrera avec 1,5 milliard d’euros apportés par notre pôle multi-actifs [qui gère 56 milliards d’euros, NDLR] », précise Denis Panel. L’offre pourrait, à terme, être proposée à des clients externes à BNP Paribas AM tels que la banque privée, et à la compagnie d’assurance de BNP Paribas, voire à des clients externes, selon une source. De son côté, Amundi table sur « 10 à 15 milliards d’euros d’encours » auprès des enseignes du Crédit Agricole et de distributeurs tiers, selon un bon connaisseur du dossier.

Source : les echos

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