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Bertrand Badré, financier militant | Les Echos

Publié le 12 oct. 2021 à 7:00

C’est un moine soldat. Bertrand Badré, colosse au regard malicieux, la barbe courte, la fossette rieuse, proclame, d’ouvrages en tables rondes, ses convictions ardentes : la finance est, à ses yeux, « un bon serviteur mais un mauvais maître ». Et les crises mondiales doivent mener vers un capitalisme à visage humain, estime ce financier dans son dernier ouvrage, « Voulons-nous (sérieusement) changer le monde ? » : « Il faut changer de modèle financier, passer du diktat du court terme à une stratégie de long terme », écrit-il encore, soucieux de bâtir une économie « plus juste » face à « l’urgence » « climatique », « sociale » et « mondiale ».

A 53 ans, ce fervent chrétien « est l’héritier des grandes figures catholiques d’après-guerre qui, à la croisée de la haute fonction publique et des grandes entreprises, tentent de réconcilier catholicisme social et libéralisme », analyse Vincent de Féligonde, journaliste à « La Croix », qui a collaboré à ce cinquième livre.

L’acte et la parole

Depuis 2017, Bertrand Badré joint l’acte à la parole : son fonds d’investissement à impact, baptisé Blue like an Orange, en hommage à Paul Eluard, a déjà financé, grâce à 200 millions de dollars levés, une dizaine de projets «vertueux » en Amérique latine : une banque en Equateur, une entreprise médicale au Mexique, une société informatique au Brésil… Ce n’est qu’un début. Car Bertrand Badré compte, depuis quelques jours, un actionnaire de poids : AXA vient de rentrer à son capital à hauteur de 20 %. De quoi poursuivre sereinement « le travail de pionnier commencé en 2017 », assure cet inspecteur des Finances, passé par HEC, Sciences Po et l’ENA.

Ses premiers pas de banquier d’affaires ? Chez Lazard. A Paris puis à Londres. A New York, enfin, où il assiste médusé à l’éclatement de la bulle Internet… et aux attentats de 2001. Depuis, sa poignée de main, large, ferme, a serré celles de mille décideurs, de Jacques Chirac, qu’il a servi à l’Elysée comme conseiller pour l’Afrique, à Michel Camdessus, croyant comme lui, ou à Emmanuel Macron, dont on le dit proche.

Ainsi, Bertrand Badré, qui fut aussi le grand argentier de la Banque mondiale à Washington, connaît suffisamment les mécanismes financiers pour en savoir les failles. Il ne cache pas sa fierté d’avoir participé à la restructuration d’Eurotunnel en 2007. Et c’est de l’intérieur qu’il a vécu la débâcle de 2008. Du Crédit Agricole, il devint cette année là le directeur financier, pilotant une augmentation de capital de 5.9 milliards d’euros juste avant l’annonce de la faillite de Lehman Brothers.

A la Banque mondiale à 45 ans

Il quitte le Crédit Agricole au gré d’un changement de pouvoir. Et passe, en 2012, directeur financier de la Société Générale. Et lorsque ce père de quatre enfants, époux d’une historienne de l’art et Young leader de la French American Foundation, arrive, repéré par un chasseur de têtes, à la Banque mondiale, il n’a pas 50 ans.

Dès le début de son mandat de directeur général des finances en 2013, il se voit attribuer une prime de technicité exceptionnelle de 94.000 dollars. Il y renonce en 24 heures… mais les attaques fusent à l’ère de l’austérité. Il en sera meurtri. Ensuite, « j’ai eu le sentiment d’avoir remis de l’ordre, ça n’a pas plu », dit-il, sobrement.

Selon ses proches, l’homme est arrivé au firmament comme un météore, trop loin, trop vite, pour ne pas semer d’inimitiés. D’autant que convaincu, têtu, armé d’une foi tenace, ce fils d’un sénateur, maire de Ville d’Avray, n’est guère politique… même si l’idée d’entrer en politique justement, l’a un temps effleuré.

« Bertrand avait les armes pour retrouver un poste classique, de haut vol, estime son ami, l’industriel Bruno Bouygues. Mais il s’est lancé seul, ex nihilo pour créer un fonds selon ses croyances. Peu d’hommes auraient, comme lui, pris des chemins de traverse. »

On le dit ultra-fidèle, optimiste. On le sait amoureux des montagnes, amateur de BD, lecteur de Marcel Proust et fasciné par la Révolution française. « J’ai toujours regardé au-delà des chiffres », résume-t-il. «Tu mets des actions sur tes rêves », a commenté Erik Orsenna, après avoir préfacé son livre.

Source : les echos

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