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Bruxelles veut imposer des batteries électriques « propres » en Europe

Publié le 10 déc. 2020 à 13:45Mis à jour le 10 déc. 2020 à 14:37

« Un avenir vraiment durable doit être alimenté par des batteries propres. » En une phrase, le commissaire européen à l’Energie, Maros Sefcovic, a résumé l’enjeu de la révision du règlement de 2006 sur les batteries, dévoilé jeudi par Bruxelles.

A l’aune de l’objectif européen de neutralité climatique d’ici 2050 et sur fond d’ électrification à marche forcée de l’automobile , la Commission européenne entend ainsi lancer une véritable révolution industrielle dans un secteur en plein essor. Pour la première fois, des critères environnementaux seront imposés sur l’ensemble de la chaîne de vie des batteries, de l’extraction des matières premières au recyclage, en passant par la production.

Logique circulaire

Pour limiter l’empreinte carbone de leur production, les fabricants devraient d’abord, selon le projet de règlement qui devra être validé par les Etats membres et par le Parlement européen, la mesurer et la déclarer à compter de juillet 2024.

« Aujourd’hui, on ne la connaît pas vraiment. Il faut le temps de collecter des données dans ce secteur tout juste naissant en Europe », explique un expert de la Commission. Un système de « passeport numérique » devra notamment permettre un suivi fin de l’origine et du traitement des matériaux utilisés, « une première » saluée par Thierry Breton. En janvier 2026, des labels de classe de performance seront introduits, comme il en existe par exemple pour les réfrigérateurs.

Sur la base des données alors recueillies, des seuils maximaux d’empreinte carbone seraient fixés, à chaque niveau de la chaîne, à partir de juillet 2027. Des critères de performance et de sécurité seront aussi définis.

Bruxelles se défend d’opter pour un calendrier trop lent face à l’urgence climatique, un bémol pointé par certains. « C’est un rythme en réalité très ambitieux pour ce qui sera un pas de géant. Personne au monde n’a fixé des objectifs aussi rapides et élevés que ceux de l’Europe », a affirmé Maros Sefcovic.

La liste des critères écologiques à respecter portera en particulier sur la durabilité des matières premières utilisées, le recours à des matériaux recyclés et la propreté de l’énergie déployée pour la fabrication.

Recycler le lithium

Le volet recyclage du plan entrerait en vigueur dès 2025. L’objectif de collecte séparée des batteries portables passerait alors à 65 % (puis 70 % en 2030), contre 45 % dans les textes actuels. Ce sera un vrai défi tant Bruxelles prévient que l’essor des batteries au lithium entraînera « une très forte hausse des quantités de déchets. » Aujourd’hui, seulement 10 % du lithium contenu dans les batteries est recyclé, alors que le nombre de batteries au lithium prêtes au recyclage sera multiplié par 700 d’ici à 2040, soulignent les études de la Commission.

La proposition de règlement insiste sur l’importance de valoriser durablement le cobalt, le lithium, le nickel et le plomb. Ces mesures viennent compléter le plan présenté en septembre pour développer en Europe des chaînes d’extraction et de traitement des terres rares, un marché clé pour l’énergie propre et dominé par la Chine.

Autonomie stratégique

En promettant aux Européens que leurs véhicules bénéficieront « des batteries les plus vertes, les plus performantes et les plus sûres », le Vieux continent veut rebattre les cartes et retrouver de l’autonomie stratégique dans un marché de la batterie électrique aujourd’hui dominé par la Chine et la Corée du Sud. « Les batteries ne respectant pas totalement les normes que nous fixerons sont interdites au sein du marché unique », a souligné Thierry Breton.

L’enjeu économique est énorme : Bruxelles estime que la demande mondiale de batteries va être multipliée par quatorze d’ici 2030. L’ONG Transport & Environnement, pas toujours tendre avec la Commission, a cette fois largement salué un projet « à même de faire de l’Europe un leader mondial de cette technologie à émission zéro stratégique ». Les Verts du Parlement européen ont aussi bien accueilli le texte.

Alliances industrielles européennes

La Commission européenne a mis sur pied en 2017 « l’Alliance européenne pour les batteries ». Elle donne des outils juridiques pour rassembler entre Etats membres les industries de l’automobile, des matières premières et de la chimie pour concevoir des chaînes de valeur 100 % européennes. Les premières « gigafactories » européennes, initiées par le couple franco-allemand, devraient entrer en activité en 2021 ou 2022.

D’autres projets sont en cours de finalisation et le commissaire à l’Energie, Maros Sefcovic, se dit « persuadé que d’ici à 2025, l’Union européenne sera en mesure de produire suffisamment de cellules de batteries pour répondre aux besoins de l’industrie automobile européenne. » Mercredi, la Commission a annoncé son ambition d’avoir au moins 30 millions de voitures ‘zéro émission’ sur les routes continentales d’ici 2030.

Source : les echos

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