Placement

Cacao : la guerre est déclarée entre les producteurs et les fabricants de chocolats

Publié le 1 déc. 2020 à 12:40

La tension monte entre les pays producteurs et les multinationales du chocolat. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui concentrent 60 % de la production mondiale de cacao, ont accusé plusieurs géants, dont Hershey, Mars et Olam, de contourner le mécanisme négocié en 2019 pour améliorer la rémunération des planteurs de cacao en Afrique de l’Ouest.

Selon les deux grandes institutions de régulation, le Conseil Café Cacao (CCC) en Côte d’Ivoire et le Cocoa Board (Cocobod) au Ghana, les géants du chocolat achètent du cacao ou du beurre de cacao sans payer le différentiel de revenu décent (DRD). Le DRD est une prime de 400 dollars par tonne de cacao au-dessus des cours internationaux afin d’augmenter les revenus des agriculteurs. 80 % d’entre eux vivent avec moins de 3 dollars par jour selon la Banque Mondiale.

Achats sur le marché à terme

En novembre, le confiseur Hershey a réalisé d’importants achats de cacao via le marché à terme de New York alors qu’il s’approvisionne d’ordinaire auprès des pays producteurs ou de négociants. Cela lui a permis d’économiser des millions de dollars, les cours de l’Intercontinental Exchange n’incluant par le DRD. Cette stratégie « indique clairement votre intention d’éviter de payer le Living differential income (LID ou DRD en anglais) », ont écrit le CCC et le Cocobod dans un courrier adressé à Hershey.

En riposte, les autorités ivoiriennes et ghanéennes ont suspendu tous les programmes de certifications de Hershey. Ils permettent de garantir des critères « durables » de production comme l’absence de déforestation ou de travail d’enfants. Ces garanties sont essentielles pour vendre du chocolat en Europe ou en Amérique du nord.

Rupture de confiance

Mars est lui aussi dans le viseur des deux pays. « Il est évident que des compagnies comme Mars reviennent discrètement » sur leurs promesses, affirment encore les deux instances de régulation dans un autre courrier adressé cette fois au Cocoa Merchants Associaton of America, le syndicat des industriels américains du cacao et du chocolat.

Le producteur des célèbres barres chocolatées aurait modifié en grande partie ses approvisionnements en beurre de cacao pour éviter de verser la prime aux producteurs. Cette prime négociée en 2019 avait pourtant été acceptée par les industriels. Le CCC et le Cocobod dénoncent une « rupture de confiance », voire un « complot ».

Démentis

Les deux groupes visés démentent en bloc ce qui leur est reproché. Auprès de l’AFP, Hershey regrette un « communiqué mensonger », le CCC et le Cocobod « compromettent des programmes essentiels qui bénéficient directement aux planteurs de cacao ».

Le groupe Mars Wrigley a de son côté « catégoriquement démenti ces allégations » et affirmé « soutenir » le DRD. Les programmes de certifications sont « une nouvelle approche pour augmenter les revenus des planteurs de cacao », explique-t-il.

Marché incertain

Le différentiel de revenu décent est entré en vigueur au mois d’octobre dans un contexte de demande incertaine en raison de la pandémie de covid-19. Les confiseurs redoutent de payer au prix fort un chocolat qu’ils auront du mal à vendre par la suite, ce qui explique leur stratégie pour faire baisser les coûts de la matière première.

Les pays producteurs ne captent que 5 % du marché du cacao, estimé à 100 milliards de dollars, quand les pays consommateurs captent 15 % rien qu’avec les taxes sur les barres chocolatées.

Source : les echos

Autres articles à lire

Les performances des banques chinoises plombées par le coronavirus

administrateur

Comment intégrer l’indice Standard & Poor’s 500 impacte la stratégie des entreprises

administrateur

La BCE change de ton pour rassurer les marchés

administrateur

Assurance crédit : Bercy renouvelle son filet de sécurité contre les impayés

administrateur

Comment les cybercriminels blanchissent l’argent volé

administrateur

Epargne : vers un maintien à 0,50 % de la rémunération du livret A

administrateur