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Conflits d’intérêts : ce que déclarent les banquiers centraux européens

Avec un fonds commun de placement investi en actions Sanofi, Nestlé, Axa ou encore Total, Christine Lagarde n’a pas été épargnée par la récente tempête boursière. Un document publié par la Banque centrale européenne (BCE) en avril en atteste. La Française devenue présidente de l’institution à l’automne s’est pliée à l’ exercice de transparence imposé au Conseil des Gouverneurs. Entré en vigueur en 2019, celui-ci impose aux six membres du directoire et 19 représentants des banques centrales nationales de la zone euro de rédiger une «déclaration d’intérêts». Cette deuxième édition montre qu’une majorité des hommes et femmes qui conduisent la politique monétaire et pilotent des interventions massives sur les marchés détiennent des actifs cotés ou non cotés ou des participations dans des sociétés.

Entreprise familiale

Au total, 15 membres du Conseil déclarent ainsi des «intérêts financiers». Seuls d’entre eux les gèrent de façon «discrétionnaire». Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, est notamment actionnaire de l’entreprise familiale Villeroy et Boch. La société est cotée à la Bourse de Francfort et distribue 49% de son résultat sous forme de dividendes.

Le document révèle par ailleurs que la plupart des banquiers centraux exposés aux marchés financiers préfèrent investir dans des OPCVM ou des fonds indiciels cotés (ETF) plutôt que directement dans des actions ou obligations. Si la présidente de la BCE a des parts dans un FCP commercialisé par BNP Paribas AM (ainsi que dans une société civile immobilière), le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, déclare un ETF sur les valeurs du Dax et un ETF sur les actions de l’indice MSCI. 

ETF BlackRock

Le gouverneur de la banque de Chypre détient lui pas moins d’une douzaine de produits, dont plusieurs ETF du géant BlackRock, des fonds de Fidelity ou de Legal & General. Il est aussi le seul à posséder de la dette souveraine émise par son pays, alors que la BCE, si elle n’achète pas d’actions, soutient en revanche le marché des obligations européennes dans le cadre des opérations de politique monétaire. 

Egalement friand de fonds indiciels cotés (BlackRock, State Street), son homologue estonien déclare entre autres un ETF répliquant les cours de l’or, un marché sur lequel interviennent les banques centrales. 

Le banquier central belge possède quant à lui une kyrielle de parts dans des fonds (Templeton, Schroders, JPMorgan AM, Carmignac Patrimoine, Amundi CPR Silver Age…) ainsi que des parts dans deux start-ups. 

Isabel Schnabel se distingue. Cette Allemande très respectée des milieux économiques et financiers qui vient de faire son entrée au directoire de la BCE détient elle un large portefeuille d’actions. Ses investissements (qu’elle ne gère pas en direct) se concentrent sur des secteurs choisis : la Tech (GAFAM, Snap, Spotify, les valeurs chinoises Alibaba et Baidu), la santé et la pharmacie (Sanofi, Novartis, Fresenius, Evotec …) Par ailleurs, Isabel Schnabel possède des actions Bayer et Daimler, deux groupes pourtant touchés l’un par le scandale du glyphosate et l’autre par le «dieselgate».

Conflits d’intérêts

Aucun montant n’est fourni. Ces déclarations ne permettent donc pas de se faire une idée du patrimoine des plus hauts représentants de la BCE. D’ailleurs, au sein du directoire, Philip Lane , Fabio Panetta et Yves Mersch ne déclarent aucun «intérêt financier». L’exercice vise avant tout à mettre au jour d’éventuels conflits d’intérêts et à répondre aux exigences croissantes d’information des citoyens européens, notamment après l’affaire Barroso (parti de la Commission pour rejoindre Goldman Sachs). La BCE, elle-même critiquée pour la proximité de certains de ses membres avec les milieux financiers , est consciente qu’elle doit rendre des comptes, d’autant que son rôle s’est considérablement accru avec les crises.

Dépôts supérieurs à 100.000 euros

Dans cette optique, les 25 doivent aussi indiquer leurs autres activités rémunérées (quasi-inexistantes et uniquement liées à de l’enseignement), leurs précédentes activités et celles de leur conjoint quand ces dernières peuvent interférer avec leur mandat. 

Une autre information est requise : chacun doit signaler s’il a des dépôts supérieurs à 100.000 euros auprès d’établissements bancaires supervisés par la banque centrale. Les 100.000 euros correspondent au seuil au-dessus duquel les déposants peuvent être mis à contribution en cas de faillite bancaire décidée avec l’aval de l’institution monétaire. Près de la moitié du Conseil est dans cette situation, dont Christine Lagarde ou François Villeroy de Galhau, qui était auparavant numéro 2 de BNP Paribas.

Source : les echos

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