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Coronavirus : l’Italie grande gagnante du plan de soutien de la BCE

Grazie, la Banca centrale europea ! La publication, par la Banque centrale européenne de la répartition des achats d’obligations dans le cadre de son plan « urgence pandémie » (PEPP) a confirmé ce que les marchés pressentaient. L’Italie a été la grande bénéficiaire de ce programme destiné à éviter une explosion de la zone euro en plein coronavirus.

Au total, 37,4 milliards d’euros de dette souveraine italienne ont été achetés. C’est moins que les 47 milliards d’obligations allemandes. Mais compte tenu du poids de l’économie italienne dans la zone euro, c’est Rome qui a le plus profité de la manne de la BCE. Il faut en effet regarder la clé de capital de la banque centrale, c’est-à-dire la part de la BCE détenue par chaque Etat, et qui est calculée notamment en fonction de son PIB.

Cette clé est utilisée pour déterminer le montant alloué à chaque pays dans le programme d’achat classique de dette d’Etat (PSPP) de la BCE. Dans le cadre du PEPP, elle ne s’applique pas, mais elle permet de mesurer les efforts spécifiques qui ont été faits pour chaque pays. L’Italie n’aurait ainsi reçu « que » 29,43 milliards si la clé de capital avait été respectée.

La France sous-représentée

La France, en revanche, aurait pu prétendre à 35,2 milliards d’euros d’achats par la banque centrale, mais ces derniers atteignent tout juste 23,5 milliards. « D’autres pays ont vu leur part être inférieures à leur clé du capital de la BCE, mais c’est essentiellement la France qui a été défavorisée », souligne Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG.

« C’est la plus grosse surprise », s’étonne pour sa part Frédéric Ducrozet, chez Pictet Wealth, qui s’attend à ce que Christine Lagarde soit interrogée sur ce point lors de la conférence de presse de jeudi. L’explication se trouve peut-être dans le fait que la BCE a aussi acheté, dans le cadre de ce plan, plus de 35 milliards de dette d’entreprises à court terme (billets de trésorerie), une enveloppe dont la répartition par pays n’est pas connue. Or le marché français pour ce type d’instrument est le plus développé d’Europe. « Même si c’est le cas, il n’y a pas de raison évidente de compenser les achats entre les secteurs public et privé d’un même pays », tempère Frederik Ducrozet.

Contrôle des spreads

Ces statistiques confirment en tout cas que le programme vise à contrôler les « spreads », c’est-à-dire la différence de coût d’emprunts entre les Etats de la zone euro et Allemagne (dont la dette sert de référence). Le « spread » avec l’Italie avait grimpé jusqu’à 320 points de base (pb) sous l’effet des craintes sur l’économie italienne et son déficit budgétaire, liées au coronavirus. Le risque que le pays soit la cible de spéculateurs avait poussé la BCE à agir vite et fort, en se dotant d’un instrument flexible et significatif (750 milliards d’euros). L’écart est depuis retombé sous les 200 pb.

« Avec le PEPP et le PSPP, l’Eurosystème [la BCE et les banques centrales de la zone euro] pourrait voir sa part de la dette de marché italienne passer de 17 % à 27 % en 2020, notamment s’il n’y a pas de hausse de la détention par des investisseurs domestiques et si les investisseurs étrangers se détournent massivement », estime Chiara Cremonesi, chez UniCredit. Conséquence, les intérêts que reverserait la Banque d’Italie au Trésor italien pourraient atteindre 7 milliards d’euros. Et surtout, les taux devraient rester bas.

Livre d’ordres de 108 milliards d’euros

Rome s’est d’ailleurs empressé de lever 14 milliards d’euros à la veille de la réunion de la BCE. Le livre d’ordres pour cette émission a atteint le chiffre spectaculaire de 108 milliards d’euros, battant un récent record détenu par l’Espagne . Les investisseurs se ruent sur les emprunts italiens, assurés qu’ils pourront les revendre à la banque centrale.

Hésitations

La communauté financière semble miser sur l’annonce, ce jeudi, d’une extension de l’enveloppe du PEPP. Un scénario qui semblait acquis il y a quelques jours mais qui est moins certain depuis la publication du montant effectif des achats réalisés en avril et mai : la BCE a acheté pour 235 milliards d’euros de titres alors que l’enveloppe est prévue à 750 milliards. Cela pourrait plaider pour qu’elle n’augmente pas dans l’immédiat son programme.

Source : les echos

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