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Covéa-PartnerRe : pourquoi l’opération a échoué

Les banquiers d’affaires, avocats et communicants fourbissent leurs armes suite à l’échec de la vente de PartnerRe pour 9 milliards de dollars . Mardi soir, l’assureur mutualiste Covéa a annoncé que « les conditions actuelles sans précédent » et « des importantes incertitudes pesant sur les perspectives économiques mondiales » ne lui permettaient plus d’acheter le réassureur bermudien à Exor, le holding de la famille Agnelli. Depuis, les deux parties se renvoient la responsabilité de l’effondrement de la transaction.

Pour Exor, l’affaire est entendue : Covéa s’était engagé à reprendre PartnerRe pour 9 milliards de dollars en cash, selon les termes d’un protocole d’accord officialisé le 3 mars . L’entourage du holding indique que celui-ci n’était pas vendeur et n’a envisagé l’opération qu’en raison du prix élevé proposé par Covea – en cash.

Surtout, à cette date, la gravité de la pandémie était déjà manifeste, et le protocole d’accord excluait explicitement la pandémie comme motif de rupture de l’opération, selon le holding. Un point que conteste Covéa, pour qui les clauses de sortie n’étaient spécifiées que dans le contrat définitif, non encore signé.

Ce n’est que vendredi dernier que Covéa est revenu vers Exor, dirigé par John Elkann, pour renégocier à la baisse le prix de la transaction. Inenvisageable pour Exor, dont la doctrine est de ne jamais renégocier un accord conclu. Le holding estime en outre que la pandémie aura peu d’impact sur la réassurance, le risque pesant davantage sur les assureurs.

Pas question de payer le prix fort en pleine crise

Emmené par Thierry Derez, l’assureur français Covéa estime de son côté avoir fait tout son possible pour garantir le succès de l’opération. Considérée comme stratégique pour le développement du mutualiste, elle lui permettait de se diversifier dans la réassurance et de sortir des frontières de l’Hexagone.

Reste que le mutualiste se voyait mal payer PartnerRe au prix fort à un moment où la pandémie de Covid-19 pèse sur la plupart des secteurs économiques et a fait chuter les valorisations des acteurs de l’assurance et de la réassurance. D’autant que l’opération aurait, selon certains scénarios, pu faire chuter son ratio de solvabilité à un niveau beaucoup plus bas qu’envisagé, selon un connaisseur du dossier.

Bras de fer sur la baisse du prix

Selon nos informations, le groupe aurait proposé de payer en cash 80 à 90 % du prix et de compléter le reste sur trois ans avec une clause permettant d’arriver au prix initial de 9 milliards de dollars si PartnerRe sortait indemne de la crise. Mais Exor a refusé de prendre un risque sur le montant perçu in fine, et n’était prêt à renégocier que pour un prix supérieur à 9 milliards…

Les discussions auraient pu se poursuivre, l’échéance des négociations exclusives étant fixée au 15 juin. Mais c’était sans compter sur la promptitude de John Elkann à trancher dans le vif. La volonté de renégocier affichée par Covéa a été très mal perçue par le holding.

Débat sur la facture finale

Reste à savoir quelle sera la facture finale de cet échec pour les deux parties. Une indemnité de rupture avoisinant les 175 millions de dollars avait été conclue. Le vendeur estime que Covea doit payer l’indemnisation prévue dans ce type de scénario. Mais ce dernier ne l’entend pas de cette oreille. Après avoir tiré sa révérence, il estime devoir seulement indemniser les frais engagés pour monter l’opération ratée, soit 50 millions de dollars, payés mercredi.

Selon lui, l’indemnité de rupture n’était pas prévue dans le protocole d’accord mais dans le contrat définitif non encore signé. Tout comme les clauses de sortie de l’opération en cas de changement négatif important (Material Adverse Change Clause) qui n’avaient donc pas à être invoquées.

Source : les echos

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