Placement

Credit Suisse Asset Management tombe à son tour dans le piège des actifs illiquides

Après des mois de doutes, Credit Suisse a fini par lâcher la start-up Greensill. La deuxième banque suisse a annoncé lundi la suspension immédiate des souscriptions et rachats sur 10 milliards de dollars (8,3 milliards d’euros) de fonds de Credit Suisse Asset Management (AM). Ces produits sont en partie investis dans des actifs financés par la fintech spécialiste de l’affacturage inversé, un mode de financement des entreprises en théorie peu risqué.

La décision de Credit Suisse AM pourrait signer l’arrêt de mort de la start-up, dont elle était un des principaux financeurs. Greensill envisagerait de déposer le bilan et de vendre à la casse une partie de ses actifs au fonds américain Apollo, a révélé le Wall Street Journal. L’affaire pourrait aussi jeter un sérieux discrédit sur le gestionnaire suisse lui-même. En effet, « une certaine partie des actifs » des fonds d’affacturage inversé de Credit Suisse AM est actuellement « soumise à des incertitudes considérables en ce qui concerne leur évaluation exacte », indique la banque suisse dans un communiqué, sans plus de détails.

H2O reste en difficulté, Neil Woodford tente un come-back

La situation fait écho aux difficultés d’autres gestionnaires d’actifs, embourbés dans les paris de leurs fonds, trop exposés à un nombre restreint d’entreprises non cotées. Lorsque celles-ci connaissent des difficultés, la baisse de valeur ou l’incertitude sur la valeur des titres en portefeuille peut entraîner une fuite des investisseurs, et l’impossibilité de rembourser tous les clients. L’été dernier, la boutique londonienne H2O AM, dont Natixis est en train de se séparer, a dû geler 10 milliards d’euros de fonds de droit français, après des doutes sur ses investissements dans les sociétés de Lars Windhorst, un sulfureux homme d’affaires allemand. Elle vient de se résoudre à mandater la banque d’affaires Perella Weinberg qui doit l’aider à céder 1,6 milliard d’actifs, toujours cantonnés. De son côté, l’ancien gérant star Neil Woodford vient d’annoncer son retour sur la place financière londonienne, moins d’un un an et demi après la fermeture retentissante de sa société de gestion. Une chute entraînée par la suspension , en 2017, de son fonds phare empêtré dans des investissements illiquides.

En Suisse, un autre gestionnaire, GAM, a déjà traversé une grave crise à cause de Greensill. En 2018, le gestionnaire alternatif avait dû geler des fonds exposés à des dettes structurées par la start-up pour financer le milliardaire Sanjeev Gupta , connu pour le rachat controversé d’aciéries en difficulté, y compris en France. Malgré cette alerte sérieuse, il a fallu attendre 2020 pour que Greensill se retrouve dans l’oeil du cyclone. En août dernier, la BaFin, le régulateur financier allemand, a demandé à la fintech de réduire son exposition à l’empire de Sanjeev Gupta.

Deux mois plus tôt, Credit Suisse AM avait passé en revue ses fonds d’affacturage inversé et amendé sa politique d’investissement, pour limiter notamment son exposition à un même emprunteur. Mais cela n’a pas suffi à empêcher le gel des produits. Aujourd’hui, le groupe suisse ne donne aucune indication sur leur avenir. Fait troublant, l’un des principaux souscripteurs était le groupe japonais Softbank, qui a retiré 700 millions de dollars des fonds l’an dernier. Or celui-ci est aussi, via son mégafonds en difficulté Vision Fund , l’un des principaux actionnaires et clients de Greensill. Fin 2020, il a déprécié presque entièrement sa participation de 1,5 milliard de dollars dans la start-up, selon Bloomberg.

Source : les echos

Autres articles à lire

Malgré l’offensive antitrust, les Gafam entraînent Wall Street vers de nouveaux sommets

administrateur

JP Morgan visé par une amende d’un milliard de dollars pour manipulation sur les métaux

administrateur

Prêts garantis : Bercy veut apporter de la visibilité aux entreprises

administrateur

La BCE accorde un nouvel assouplissement aux banques

administrateur

Matières premières : le scandale Hin Leong met le financement du négoce sous tension

administrateur

Hedge fund : le retour en force de Soros à Wall Street

administrateur