Placement

Etats-Unis : La perspective d’une vague bleue pousse les taux à 10 ans au-dessus des 1%

Publié le 6 janv. 2021 à 18:35

Ce n’est pas un hasard. Depuis quelques semaines déjà, le rendement des obligations d’Etat américaines à 10 ans flirtait avec le seuil symbolique de 1 % en dessous duquel il évolue depuis le pire de la crise en mars. Mais il ne l’avait jamais franchi à la hausse jusqu’à ce mercredi, alors que les démocrates se rapprochent d’une victoire aux élections sénatoriales partielles en Géorgie. Il a bondi de près de 10 points de base (pb) pour atteindre 1,05 % en séance. Une confirmation de ce succès pourrait envoyer le taux de référence à 1,5 %, selon plusieurs spécialistes.

Si les deux sièges en lice basculent dans le camp de Joe Biden, le nouveau président américain aura la majorité au Congrès . Et donc les coudées franches pour appliquer son programme. « La « vague bleue », que l’on annonçait avant l’élection présidentielle, va finalement bien avoir lieu, envisage Franck Dixmier, chez Allianz Global Investors. Ce qui signifie que Joe Biden pourra mettre en place un plan de relance très ambitieux, qui se chiffre au-delà de 2.000 milliards de dollars ».

Dépenses et inflation en hausse

Un programme qu’il faudra financer. « Les investisseurs s’inquiétant de la probabilité d’un déficit américain croissant, les bons du Trésor américains pourraient faiblir », souligne Randeep Somel, chez M & G. Mécaniquement une baisse de la demande et donc du prix des obligations entraîne une hausse des rendements. Mais surtout, une vague bleue devrait renforcer les anticipations de croissance et d’inflation. « Les paris sur une reflation ont déjà été lancés. La question est vraiment de savoir jusqu’où le résultat du Sénat va les pousser », a confié à Bloomberg James Athey, chez Aberdeen Standard Investments.

Avec l’espoir d’un retour à la normale de l’économie grâce aux vaccins, les attentes en matière d’inflation étaient déjà orientées à la hausse. « Les anticipations d’inflation à cinq ans dans cinq ans [un des indicateurs de prévision de hausse de prix les plus suivis, NDLR] sont passées de 1,22 % en mars à 2,35 %. », témoigne Franck Dixmier. Face à un risque d’érosion de la valeur de leurs placements, les investisseurs devraient donc demander un rendement plus élevé pour détenir de la dette américaine. « Même si les anticipations ont progressé ces dernières semaines, elles sont peut-être encore trop modérées, s’inquiète pour sa part Stéphane Déo, chez Ostrum. Si la hausse des prix est trop violente, le choc sera rude pour les taux. »

Moindre soutien de la Fed

L’autre interrogation porte sur l’attitude qu’adoptera la Réserve fédérale américaine. « Nous sommes typiquement face à l’un de ces points d’inflexion qui risque d’intervenir tout au long de l’année, affirme Frank Dixmier. La question est celle de l’avenir des deux éléments qui ont soutenu l’économie tout au long de ce choc du coronavirus : des politiques budgétaires agressives, et des politiques monétaires qui ne le sont pas moins. »

Avec une croissance en hausse, la Fed pourra-t-elle justifier le maintien, dans leurs proportions actuelles, de ses achats d’actifs (QE) ? Probablement pas. Mais les messages récemment envoyés par la banque centrale sont contradictoires. « Le sujet est tellement sensible que la seule annonce non pas d’un arrêt mais d’un ralentissement du QE pourrait faire remonter les taux », poursuit Franck Dixmier. Tout sera question de dosage dans la communication.

La reprise de l’inflation devrait également favoriser une hausse des taux longs. Ce qui devrait entraîner une « repentification » de la courbe des taux américaine (le niveau des taux en fonction de l’échéance de la dette), car la Fed devrait conserver les taux courts à des niveaux très bas assez longtemps. Alors que le rendement des Treasuries à 10 ans grimpait de 9 pb mercredi, celui des titres à 30 ans progressait, lui, de 11 pb. Un autre signe d’un certain retour à la normale. « Tant que les hausses des taux restent mesurées, ce phénomène devrait être plutôt bénéfique, en particulier pour la rentabilité des banques et pour calmer certains marchés, notamment celui des prêts hypothécaires, proche de la surchauffe », souligne Stéphane Déo.

En Europe, en revanche, pas de hausse de taux à prévoir. Alors que, par le passé, le taux allemand à 10 ans avait tendance à suivre son équivalent américain, ce dernier n’a pas bougé mercredi. « Il est difficile de penser que les taux souverains européens ne seront pas un peu tirés vers le haut par les taux américains, confirme Stéphane Déo. Mais la situation est très différente de ce côté de l’Atlantique. » La Banque centrale européenne a clairement annoncé qu’elle poursuivrait sur une longue période ses achats d’actifs, ce qui devrait freiner toute progression forte des rendements d’Etat. Et les réserves de croissance et d’inflation sont bien plus faibles qu’aux Etats-Unis. Le « 5 ans dans 5 ans » de la zone euro a repris de la vigueur depuis son point bas, 0,7 %, atteint en mars. Mais il plafonne toujours à 1,3 %. Un différentiel qui, à terme, pourrait alléger la pression haussière qui s’exerce sur l’euro face au dollar .

Source : les echos

Autres articles à lire

Ces entreprises qui disent adieu à la cotation

administrateur

Energies fossiles : les investisseurs mettent la pression sur HSBC

administrateur

Le monde de la gestion se déchire sur la reprise des grands salons

administrateur

Les conditions de crédit se sont durcies depuis le début de l’année en Europe

administrateur

Braquages bancaires: une filière de «jackpotting» démantelée

administrateur

Demande plus élevée que prévu pour les prêts à taux négatifs de la BCE

administrateur