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Goldman Sachs projette de créer un fonds spécialisé dans la finance décentralisée

Publié le 29 juil. 2021 à 12:29Mis à jour le 29 juil. 2021 à 13:29

Il pourrait s’agir de la première incursion bancaire dans le monde de la finance décentralisée. Ce mardi, la banque d’investissement Goldman Sachs a déposé une demande de création d’un fonds coté en Bourse (ETF) qui suivrait l’évolution des principaux titres de cryptographie auprès de la Security and Exchange Commission (SEC) américaine.

Le « Goldman Sachs Innovate DeFi and Blockchain Equity ETF » serait indexé sur l’indice de performance de la blockchain du fournisseur allemand d’index financiers Solactive. Le fonds investira au moins 80 % de ses actifs dans des titres et des certificats de dépôts de l’indice.

La nouveauté du fonds discutée

Deux des secteurs de la cryptographie les plus en vogue de ces dernières années, la blockchain et la finance décentralisée (DeFi) sont aussi les plus opaques pour les institutions financières et les investisseurs privés. Le fonds devrait donc améliorer la visibilité boursière des entreprises concernées. Celles de la DeFi, offrant des services de prêts, d’échanges et de remboursement entre particuliers, constitue un marché d’une valeur totale de 66,5 milliards de dollars, soit environ 56, 5 milliards d’euros, selon le tracker DeFi Pulse. La blockchain – permettant de stocker et transmettre des informations de manière décentralisée et sécurisée – concerne quant à elle les entreprises de cryptomonnaies.

La visibilité offerte par ce fonds reste cependant discutable. Les entreprises prises en compte par l’indice de Solactive doivent avoir une valeur boursière et un volume de transaction sur six mois d’au moins 500 millions de dollars chacun (environ 423 millions d’euros). Ainsi sont concernées des entreprises dont l’appartenance à la DeFi ou à la blockchain est floue. Fin juillet, les trois plus grandes entreprises listées dans l’indice étaient Nokia, Facebook, et Alphabet de Google qui représentent entre 6 et 7 % de l’indice.

L’annonce de Goldman a donc suscité quelques interrogations. L’indice relève beaucoup plus des domaines de la fintech et de la tech que de la DeFi et de la blockchain. L’ETF Goldman ne concernerait donc pas le grand public de la cryptomonnaie.

Un manque de garanti pour les investisseurs

Il n’est en outre pas certain que la demande de Goldman Sachs aboutisse. Depuis la première demande en 2017, la SEC n’a approuvé aucune des demandes de création de fonds spécialisés dans les cryptomonnaies. En 2018, neuf projets d’ETF indexés sur le bitcoin avaient été refusés en une seule semaine. La demande la plus récente, déposée en mars 2021 par le fonds Van Eck, est toujours en attente d’une réponse que la SEC ne fait que repousser.

La cause principale de ces refus : le manque de garanties pour les investisseurs par rapport à la finance traditionnelle. Deux soucis principaux : la justesse des cours et le partage d’informations. Un ETF peut être créé si des volumes suffisamment importants sont échangés sur le marché. Cela permet d’éviter la manipulation des cours, et donc de celui de l’ETF. Le marché de la cryptographie étant morcelé, il n’offrirait pas assez de garanties de protection des investisseurs répondant aux critères de la Commission. La disparité du marché, les entreprises étant souvent hors du territoire américain, lui fait également craindre l’impossibilité d’assurer des accords de partage d’information conformes à ce qui se retrouve en Bourse.

Le fonds Goldman pourrait donc être un premier pas vers l’introduction en Bourse de la DeFi et de la cryptographie. La banque américaine a régulièrement mis en garde contre les risques encourus avec les cryptos tout en cherchant à s’y investir . Le choix de l’indice Solactive apparaît donc comme une solution pour une entrée prudente dans un monde encore peu régulé. Les entreprises suivies ont toutes massivement investi dans le domaine des paiements et des investisseurs particuliers : elles sont à l’origine de 50 % des dépôts de brevet d’innovations financières, contre 10 % pour les banques.

La finance numérisée, encore terre inconnue des banques

Malgré la prudence recommandée par les institutions bancaires, la cryptographie a de beaux jours devant elle. De nombreux hedge funds spécialisés dans les cryptomonnaies ont vu le jour, attirés par l’extrême volatilité des cours . Une étude de Goldman Sachs publiée mi-juillet montrait que les investisseurs étaient de plus en plus intéressés par les cryptomonnaies et la blockchain. 45 % des bureaux de gestion du patrimoine gérés par la banque estimaient que ces secteurs pouvaient offrir une solution aux problèmes de conjonctures actuels.

Le projet de Goldman Sachs est sa tentative la plus récente de s’affirmer en tant que la tête de la révolution numérique des banques d’investissements. Tout en mettant en garde contre les dangers des cryptomonnaies, elle a régulièrement cherché à l’intégrer dans le marché financier traditionnel. Depuis 2017, elle publie des analyses des cours de cryptomonnaies afin de répondre à la demande de ses clients principaux – hedge funds et fonds d’investissement – qui s’y tournent de plus en plus. La même année, Goldman Sachs ouvrait un desk de trading de bitcoins, permettant le début de son institutionnalisation à Wall Street. La création de ce fond consacrerait Goldman Sachs comme la pionnière de l’investissement dans l’univers numérisation financière.

Source : les echos

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