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La fièvre spéculative des particuliers retombe à Wall Street

Publié le 8 avr. 2021 à 17:00

L’armée de boursicoteurs de WallStreetBets aurait-elle sonné la retraite ? La frénésie spéculative des particuliers américains a marqué le pas ces dernières semaines. Une détente d’autant plus surprenante que de nombreux ménages américains viennent de percevoir une nouvelle aide directe de 1.400 dollars : les précédents versements avaient entraîné un rebond de l’intérêt des Américains pour la Bourse. Mais avec la campagne de vaccination déjà bien avancée outre-Atlantique, la spéculation redevient peu à peu un passe-temps comme un autre.

Les recherches effectuées par les internautes américains sur le courtage action ont ainsi fortement chuté depuis fin janvier et l’envolée du cours de GameStop, d’après Google Trends. Robinhood, le courtier en ligne pionnier du zéro commission , était l’application la plus téléchargée sur iPhone fin janvier. Ces derniers jours, elle se classait sous les 100 plus populaires, selon le site spécialisé Sensor Tower. La détente s’observe directement sur les volumes d’actions échangées. Depuis le pic de plus de 23 milliards atteint le 26 janvier, les volumes quotidiens sont en baisse. Mercredi, pour la première fois cette année, ils sont tombés sous les 10 milliards.

Ce désintérêt est également perceptible du côté des volumes d’options d’achat (« call »), des produits dérivés largement utilisés par les boursicoteurs. Les petits contrats, portant sur moins de 10 titres, sont passés de près de 19 millions sur la semaine du 29 janvier à environ 10 millions ces dernières semaines, observent les analystes de Deutsche Bank. De quoi réduire la volatilité attendue des marchés, elle-même influencée par le prix des options. L’indice VIX est retombé ces derniers jours à son plus bas niveau depuis la crise.

« D’autres choses à faire »

« Au cours des derniers mois, les volumes de ‘call’ ont été inversement corrélés aux indicateurs de réouverture », explique Parag Thatte de Deutsche Bank. « Les indicateurs de mobilité, les réservations dans les restaurants et le trafic aérien ont tous augmenté de manière significative, ce qui a coïncidé avec la baisse des volumes de ‘call’ des particuliers », précise-t-il. « Cela rejoint notre opinion selon laquelle, les investisseurs particuliers ayant d’autres choses à faire, l’attention portée au marché des actions commencera à s’estomper. »

Cause ou conséquence de ce désintérêt, les valeurs favorites des boursicoteurs américains sont à la peine ces derniers mois. Un panier constitué des 50 sociétés les plus ciblées par les particuliers via des options d’achat a perdu 24 % de sa valeur depuis la mi-février, alors même que le S&P 500 grimpait vers de nouveaux sommets. Un contraste saisissant avec la période de novembre à fin janvier, marquée par la montée en puissance des particuliers qui s’est achevée avec la passe d’armes entre boursicoteurs et hedge funds autour de GameStop. Ce même panier avait alors bondi de 150 % en trois mois !

Tesla accuse le coup

Le cours de Tesla est emblématique de cette dynamique. Le constructeur de véhicules électrique est depuis longtemps l’un des titres les plus en vue parmi les boursicoteurs fascinés par Elon Musk. La société s’est envolée en Bourse l’année dernière. Elle s’était encore adjugé une hausse de 25 % en début d’année. Mais depuis son pic du 26 janvier, le cours de Tesla a chuté de plus de 20 % et s’inscrit désormais dans le rouge depuis le début de l’année.

Les particuliers sont de plus en plus nombreux à comprendre que les SPAC ne sont pas forcément un pari gagnant.

La dynamique est la même sur les SPAC. Les particuliers ont été nombreux à miser sur ces coquilles vides cotées en Bourse en début d’année, au point d’amener le gendarme américain des marchés financiers, la SEC, à les mettre en garde sur ces investissements. Mais ils sont de plus en plus nombreux à comprendre que les SPAC ne sont pas forcément un pari gagnant. Un indice suivant leur performance a plongé de plus de 20 % depuis la mi-février. Au total, les particuliers américains ont subi des pertes de près de 8 % en moyenne sur leur portefeuille ces dernières semaines, d’après l’estimation de Vanda Research. Pour Ben Onatiba, stratégiste chez Vanda, les particuliers « sont entrés en hibernation », et n’en ressortiront qu’une fois leurs pertes effacées.

Les boursicoteurs américains n’ont toutefois pas tous désarmé. Les volumes d’options d’achat restent supérieurs à leurs niveaux d’avant-crise. Sur le forum WallStreetBets de Reddit, la ferveur est intacte et GameStop continue d’animer les discussions. Résultat, plus de deux mois après son pic, la valorisation du distributeur de jeux vidéo reste déconnectée de ses fondamentaux économiques à près de 13 milliards de dollars, soit quasiment autant que Carrefour…

Source : les echos

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