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La finance mondiale face au risque d’un « Lehman Brothers » des cryptos

Publié le 13 oct. 2020 à 13:51

Né en 2009 dans la grande crise financière comme le Bitcoin , le Conseil de Stabilité Financière (CSF), a été mandaté par les pays du G20 pour examiner les moins turbulentes et volatiles des cryptos, celles qui sont stables et adossées à une devise  – essentiellement le dollar. Ces « Stablecoins », qui peuvent jouer le rôle de monnaie concurrente des devises traditionnelles, n’en présentent pas moins de nombreux risques et défis. Le CSF admet qu’elles « ont le potentiel d’améliorer l’efficacité de la fourniture de services financiers mais peuvent générer des risques pour la stabilité financière, notamment si elles sont adoptées à une vaste échelle ».

Compte tenu de la dimension mondiale de ces actifs, et notamment du projet de monnaie de Facebook, le CSF souhaite prévenir la défaillance d’un « Lehman Brothers 2.0 » dans le monde des cryptos. La régulation, surveillance et supervision doivent être « proportionnelles aux risques » posés par ces nouveaux actifs atypiques qui entrent dans plusieurs cases. Leur approche doit être coordonnée à l’échelon international. Les promoteurs des cryptos stables vont devoir fournir des informations détaillées : gestion des risques, cybersécurité, gouvernance, collecte et protection des données, plan de secours en cas de problèmes opérationnels, mécanismes de stabilisation et d’émission, actifs en réserve qui garantissent la valeur de la crypto stable, lutte contre le blanchiment et terrorisme… Les pays dans lesquels ils opèrent doivent coopérer et échanger les informations dont ils disposent. D’ici au mois de décembre 2021, le cadre international de la régulation des cryptos stables doit être achevé ainsi que les accords de coopération. Chaque pays devra s’y conformer en juillet 2022. Le lancement de la monnaie de Facebook pourrait intervenir bien avant les échéances de ce calendrier.

Retard de la régulation

Plus de 10 ans après la naissance des cryptos, la plupart des pays n’ont toujours pas de régulation spécifique pour les cryptos stables selon le sondage effectué par le CSF auprès de 51 pays. Seuls 20 % des pays ont tenté de réguler et superviser ces actifs. Les particuliers peuvent les acquérir dans 31 pays via des plates-formes. Une crypto stable est généralement classée comme de l’« e monnaie » et fonds de placement dans les pays industrialisés. Les pays émergents la voient comme un instrument de paiement. Pour les trois quarts des pays, une crypto stable peut être rangée dans plusieurs catégories (actif, dépôt, fonds, matière première…) et doit donc obéir aux règles de plusieurs régulateurs. 70 % des pays se disent prêts à coopérer à l’échelon international pour mieux réguler les cryptos stables. 10 % (des pays émergents) s’y refusent déjà et 20 % sont indécis sur cette question.

20 milliards de dollars

Le marché des cryptos stables pèse pour près de 21,4 milliards de dollars de capitalisation dont les trois quarts pour la leader Tether suivie par USD Coin, BUSD, Dai, TrueUSD… Les volumes quotidiens sont de 41 milliards de dollars. La plupart des cryptos stables sont adossées au dollar et ont un lien plus ou moins étroit avec la monnaie américaine. Parfois elles valent plus ou moins que 1 dollar et n’offrent pas une garantie de stabilité dans toutes les conditions de marché. Ces actifs adossés au dollar jouent le rôle de liquidités au sein du secteur crypto pour les intervenants (fonds, investisseurs, particuliers) des plates-formes d’échange. Quand les marchés baissent, ils se reportent sur ces actifs stables le temps que la tempête se calme. Ils ne jouent pas encore le rôle de monnaie pour acheter des biens et services et restent cantonnés à la sphère financière et spéculative. Les rares cryptos adossées à des devises telles que l’euro, livre sterling ou yuan sont encore de taille très modeste. Le Libra de Facebook veut se décliner en plusieurs cryptos stables, chacune adossée à quelques grandes monnaies (dollar, euro, livre sterling…). Son succès ferait changer de taille le marché des cryptos stables.

Source : les echos

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