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La forte hausse des taux d’intérêt en Turquie provoque un rebond de la livre

Publié le 19 nov. 2020 à 12:36

Naci Agbal, le nouveau gouverneur de la banque centrale, a décidé de frapper fort pour contrer l’inflation et restaurer la confiance dans la monnaie. Le taux « repo » à une semaine a été relevé de 475 points de base à 15 %, le plus haut niveau des pays émergents. Les marchés anticipaient un resserrement monétaire moindre de 400 points de base. La banque centrale prévient que de nouveaux resserrements monétaires sont à prévoir tant que l’inflation persistera.

La devise turque a progressé après cette annonce. Le dollar a reculé de 2 % de 7,71 à 7,56 livres, et l’euro a reculé de 1,4 % de 9,11 à 9 livres.

« Il valait mieux que le nouveau gouverneur frappe fort pour porter le coup de grâce à ceux qui parient sur la chute de la livre. S’il a obtenu cette fois l’autorisation du président Edogan de relever les taux d’intérêt, il n’est pas sûr que ce soit le cas à l’avenir » estime Timothy Ash, stratège chez Bluebay dans un point de vue publié par l’agence P.A. Turkey.

Erdogan et l’inflation à 1 chiffre

La veille de la réunion de la banque centrale, le président Erdogan avait en effet déclaré que « nous ne devrions pas laisser nos investisseurs se faire écraser par des taux d’intérêt élevés ». Il avait ajouté que « notre but est d’atteindre une inflation à un chiffre le plus tôt possible ». La hausse des prix est actuellement de l’ordre de 12 %.

Croissance moins volatile

« La production industrielle a augmenté de 7,5 % au troisième trimestre et en rythme annuel. La croissance devrait être stable cette année, une bien meilleure performance que la plupart des pays émergents. Le durcissement de la politique monétaire pèsera sur l’activité en 2021 mais son bienfait sera une monnaie plus stable et une croissance plus durable et moins volatile » estime Robin Brooks, chef économiste à l’Institut de la Finance Internationale. Avant le limogeage du gouverneur de la banque centrale turque et la démission du ministre des finances, le consensus des économistes prévoyait une croissance du PIB de 4,5 % l’année prochaine.

Goldman Sachs pessimiste sur la livre

Le retour des capitaux étrangers vers les marchés turcs favorisera le rebond de la devise. Dans les 12 prochains mois la banque Goldman Sachs anticipe une hausse de 15 % des actions turques, une progression deux fois moindre que celles attendues pour leurs homologues brésiliennes, mexicaines et colombiennes. La banque américaine reste pessimiste sur l’évolution de la monnaie turque dans un scénario d’inflation non maîtrisée (13,4 % en 2021). Elle prévoit une chute de 20 à 25 % de la monnaie turque dans les 3 à 12 mois. Le dollar s’établirait entre 9,25 et 9,50 livres turques.

Devise « frontière »

« Après la crise financière de 2008, la livre turque s’est comportée comme les autres devises émergentes risquées. Ce ne fut plus le cas cette année, son comportement a été celui d’une devise des marchés « frontières » (NDLR : les marchés peu développés qui n’ont pas encore atteint le statut de marchés émergents), avec des périodes de très faible volatilité ponctuées de mouvements brusques », constate Goldman Sachs. Ce déclassement de la monnaie turque est lié à l’affaiblissement de la banque centrale, sous influence du pouvoir politique, et aux interventions massives répétées sur le marché des changes. Malgré son rebond, le taux de change réel de la livre turque est encore inférieur de moitié à son niveau d’il y a 10 ans. C’est la plus mauvaise performance derrière le real brésilien et rand sud Africain.

Hedge funds contre les banques

Ce sont les hedge funds et les sociétés de gestion qui ont le plus contribué au rebond de 10 % de la livre turque la semaine suivant la nomination de Naci Agbal, selon la banque Citi. Les hedge funds ont aussi massivement acheté des forints hongrois et zlotys polonais. Les banques ont profité du rebond de la livre turque pour en céder. Ce fut aussi le cas des entreprises mais dans une moindre mesure.

Source : les echos

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