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La nationalisation des banques européennes

Publié le 28 juil. 2020 à 12h57

Les banques européennes ne distribueront pas de dividendes jusqu’en janvier prochain. La BCE vient de les y encourager fortement et personne ne va le lui reprocher. En pleine crise du siècle, il semble logique de demander aux établissements financiers de conserver toutes leurs forces pour financer l’économie et absorber les pertes que provoquera l’inévitable multiplication des faillites à venir. Une mesure de bon sens, qui permettra de renforcer leur bilan d’une trentaine de milliards d’euros et d’éloigner la perspective d’une pénurie de crédit…, qui ne menaçait pas vraiment. Mais à y regarder de plus près, cette décision pose plusieurs questions. Trois, au minimum.

N’est-ce pas d’abord la preuve d’une forme de nationalisation du secteur bancaire qui ne dirait pas son nom ? Depuis le début de la crise, les banques sont devenues un peu partout en Europe le bras armé des Etats et de la BCE pour endiguer dans l’urgence les effets du ralentissement économique. Les PGE français en sont le meilleur exemple au niveau national . Garantis à 85 % par l’Etat, ils ont transformé les établissements du pays en robinets à prêts n’ayant plus vraiment à se préoccuper du risque de crédit, le coeur de leur métier pourtant. En prolongeant sa consigne de ne pas rémunérer les actionnaires, la BCE accentue cette mise sous tutelle.

La seconde question est plus technique mais pas moins intéressante. Depuis la crise financière de 2008, on a demandé aux banques de renforcer considérablement leurs fonds propres pour ne plus avoir à voler à leur secours. Ce qu’elles ont fait dans des proportions spectaculaires. On parle de centaines de milliards d’euros d’amortisseurs de chocs accumulés depuis plus de dix ans. Et à la première tempête venue, plutôt que de les laisser piocher dans ces réserves, les autorités bannissent les dividendes pour protéger ces pare-chocs. Est-ce cohérent et surtout raisonnable de stériliser autant d’argent dans les bilans bancaires au moment où l’économie en a tant besoin ?

Ce qui pose une troisième question. En recommandant de ne pas rémunérer les actionnaires, la BCE ne cherche-t-elle pas avant tout à préserver les banques européennes les plus faibles , qui auraient besoin de renforcer leur bilan pour faire face aux effets de la récession ? En cachant les animaux malades au milieu du troupeau, on évite bien sûr le risque d’une nouvelle crise bancaire à laquelle personne n’aurait à gagner en ce moment . Mais on permet une fois de plus à des banques « zombies » de se maintenir en vie au détriment du reste du secteur. D’où une quatrième question. Est-ce vraiment la bonne solution ?

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Source : les echos

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