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La place de Paris déçue par les changements proposés par Bruxelles sur l’analyse financière

Publié le 30 juil. 2020 à 11h59

La place de Paris attendait beaucoup des ajustements proposés par la Commission européenne sur la directive MIFID 2, vendredi dernier. Plus spécifiquement, elle espérait des mesures visant à donner de l’oxygène à l’analyse financière, une activité de marchés à l’agonie depuis deux ans. Elle est déçue car selon elle, Bruxelles ne va pas assez loin.

La directive MIFID 2 est venue bouleverser le modèle économique des brokers en rendant l’analyse financière, jusque-là gratuite – car comprise dans les commissions de courtage – payante par les investisseurs (en anglais, on parle d’« unbundling »). De nombreux courtiers ont, par conséquent, cessé de publier des recherches sur les petites entreprises pour réduire les coûts. A Paris, les valeurs dont la capitalisation est inférieure à 10 millions d’euros ne sont presque pas couvertes.

Machine arrière pour les capitalisations de moins de 1 milliard

Mi-juillet, la Commission européenne a proposé de faire machine arrière pour les capitalisations inférieures au milliard d’euros, en regroupant à nouveau l’analyse financière et les commissions d’exécution dans une même facturation (rebundling, en anglais). Ces propositions doivent être suivies d’un vote par le Parlement européen, en septembre. 

Beaucoup d’analystes financiers et de gérants espéraient davantage. Ils voulaient aussi que Bruxelles accompagne le développement de la recherche subventionnée ou sponsorisée . Cette recherche actions, en plein essor à Paris (près de 400 contrats en 2020 contre 289 fin 2017) est une recherche payée par l’entreprise cotée et non par la société de gestion d’actifs. Elle soulève des problèmes spécifiques notamment en matière de gestion de conflits d’intérêts . 

Ces analystes et gérants auraient souhaité que la Commission européenne reconnaisse que la recherche sponsorisée n’était en rien différente dans son contenu de la recherche payée par l’investisseur, et surtout qu’elle n’entrait pas dans la catégorie « information publicitaire », ce qui nuirait à son essor. Pour donner des gages à la Commission européenne et aux investisseurs, la SFAF (Société Française des Analystes Financiers) a rédigé un texte de bonnes pratiques. Parmi elles, le lien avec l’émetteur doit figurer sur l’analyse financière de manière visible. 

Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission européenne, a expliqué qu’il s’était contenté de modifier les textes existants. Or, la recherche sponsorisée ne figurait pas dans ces textes. Elle pourrait à nouveau faire partie des discussions des députés en septembre prochain, au moment du vote. Mais, l’espoir est faible que les textes soient modifiés dans ce sens avant le troisième trimestre 2021, au moment de la révision totale de la directive MIFID 2. 

La liquidité des valeurs est le problème majeur

« Le rebundling est une mesure défensive qui permet de restaurer en partie les conditions de production de la recherche pour les petites valeurs, mais cela ne règle pas le problème majeur qui est la liquidité sur ces valeurs », explique Maxime Mathon, directeur marketing d’AlphaValue, un cabinet de recherche indépendant.

« Pour qu’un investisseur puisse acheter ou vendre une action, il faut qu’il puisse lire la recherche concernant ce titre et cela n’est bien sûr possible que si la recherche circule, ce qui n’est pas le cas avec uniquement un rebundling. Il faut donc également aider la recherche sponsorisée – gratuite pour tout investisseur – à se développer », ajoute-t-il.

A l’AFG (Association Française de Gestion), on considère que ces propositions de la Commission européenne apportent une réponse à une partie des préoccupations de MIFID 2 sur l’analyse financière mais pas à toutes. 

Par ailleurs, certains investisseurs institutionnels s’inquiètent de la mise en oeuvre opérationnelle de cette nouvelle mesure, qui risque de générer un coût supplémentaire. 

Source : les echos

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