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La sécurité alimentaire à l’épreuve du dérèglement climatique

Publié le 6 oct. 2021 à 6:52

La quantité et la qualité de la production agricole dépendent des conditions météorologiques. Avec le changement climatique, l’ensemble du système alimentaire va donc être mis à rude épreuve. Les différents rapports du GIEC sont en effet très clairs : avec la hausse moyenne des températures, les événements extrêmes vont se multiplier. Sécheresse, pluies, tornades, inondations… autant de phénomènes qui peuvent ravager une récolte et faire baisser la production. Cet été en est le parfait exemple : en Europe, les pluies incessantes ont entravé les moissons et, au Brésil, le gel a décimé les cultures tandis qu’un dôme de chaleur a grillé sur pied les épis de blé dur.

Baisse des rendements

Le changement climatique devrait ainsi entraîner une baisse des rendements agricoles. Selon le Centre mondial pour l’adaptation, un réchauffement non maîtrisé peut entraîner une baisse de 30 % des rendements agricoles. La population mondiale est, elle, vouée à augmenter encore, si bien que les prix des céréales pourraient grimper de quasiment 30 % d’ici à 2050, selon les modèles économiques du GIEC dans un rapport consacré au système alimentaire.

Outre la météo, l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’air aura aussi un impact sur l’alimentation, puisqu’elle entraînera une baisse de la qualité nutritive des produits agricoles. Selon le GIEC, avec une concentration comprise entre 546 et 586 ppm (un peu plus de 400 ppm aujourd’hui), le blé peut contenir, par exemple, jusqu’à 12,7 % de moins en protéines, 6,5 % de moins en zinc et 7,5 % de moins en fer.

Insécurité alimentaire

« La sécurité alimentaire est la première fragilité de la crise climatique », résume Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et directeur du club Déméter. Sans surprise, ce sont les plus pauvres qui en paieront le prix fort. Le changement des cycles de pluies aura un impact plus prononcé sur les pays émergents car « les pays les moins riches ont tendance à s’appuyer uniquement sur les précipitations tandis que les pays les plus avancés ont plus de systèmes d’irrigation à grande échelle », relève une étude de l’Imperial College Business School.

Les conséquences géopolitiques de cette nouvelle donne sont loin d’être négligeables. « Le manque de nourriture va entraîner des tensions fréquentes ou chroniques entre individus, territoires et peut-être entre des Etats », prédit Sébastien Abis. La crise alimentaire de 2010, après un été atroce, en est l’illustration. La flambée des cours du blé a participé au soulèvement des printemps arabes, un événement qui a déstabilisé toute la région. « Il va y avoir une amplification des migrations de détresse pour trouver un climat viable ailleurs et de la sécurité, y compris alimentaire », ajoute le chercheur.

L’inquiétante stratégie européenne

Les stratégies pour limiter l’impact de l’agriculture sur le climat et pour s’adapter au dérèglement sont, elles aussi, lourdes de conséquences. En Europe, le projet « farm to fork » (de la ferme à la fourchette) de la Commission ambitionne de réduire de 50 % l’utilisation de pesticides, de 20 % l’épandage d’engrais et de porter les surfaces bios à 25 % d’ici à 2030.

Les études d’impact réalisées par le ministère américain de l’Agriculture ou par les Européens eux-mêmes laissent présager d’une baisse de la production agricole locale à horizon 2050, couplée à une hausse des prix. « La disponibilité et la diversité alimentaires pourraient se contracter pour les Européens. En faisant le choix de produire moins, l’Europe risque de tendre les marchés mondiaux, alors même qu’elle dépendra davantage de ces derniers », alerte Sébastien Abis .

Source : les echos

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