Bourse & Actions

La spéculation franchit les limites du caricatural…

Publié à l’origine sur la Bourse au quotidien.fr

Les marchés sont-ils en train de perdre toute raison en se jetant à corps perdu dans l’élaboration de la plus gigantesque bulle d’actifs de l’Histoire ?

Les trajectoires de Tesla (NASDAQ:) et du sur les huit premières journées de l’année 2021 font en tout cas penser à celle d’une fusée dont on aurait allumé la postcombustion. Impressionnant certes, mais ce n’est rien ou presque au regard de l’ascension prodigieuse d’un certain nombre de smallcaps totalement inconnues du grand public, dont les actions sont portées par une génération de spéculateurs qui s’en remettent à des « programmes » à même de scanner des milliers de valeurs en quelques millisecondes.

Leur vocation ? Débusquer quelques cas particuliers de soudains décollages à la verticale avec franchissement de résistances, dans des volumes qui permettent de multiplier des aller-retour et surtout de liquider les positions à la vitesse de l’éclair si la tendance vient à s’inverser.

Les exemples sont particulièrement nombreux sur des valeurs (souvent non-listées et ne publiant aucun document relatif à leur activité) que ne valent que quelques cents, voir des centièmes de « cents » et qui en quelques semaines affichent des progressions pouvant se chiffrer à 100 000%, voire plus… Exactement comme des « cryptoactifs » totalement inconnus, valant 0,0001 $ et dont quelques initiés font grimper le prix jusqu’à ce qu’un site spécialisé détecte cette ascension fulgurante et commence à échafauder des scénarios graphiques « prometteurs » (il n’y a bien sûr aucun fondamental pour un support de spéculation sorti de nulle part) et recommande d’en acheter un peu… « au cas où ».

Le « au cas où », c’est en fait l’un plus sûrs marqueurs d’une hystérie spéculative dans laquelle l’investisseur ne comprend rien à ce qu’il achète. Ce serait cependant trop bête de ne pas se gaver comme le voisin, qui lui non plus n’y connaît rien, mais vient de passer de la trottinette à une grosse berline allemande, juste le temps de voir le bitcoin – ou n’importe quelle autre cryptodevise – quadrupler de prix en l’espace d’un mois.

Panurgisme
Les nouveaux « traders » ayant ouvert en masse des comptes en 2020 (notamment avec les chèques fédéraux de 2 000 $ versés d’avril à septembre dernier), se sont vite convertis au « trend following », le panurgisme aveugle étant élevé au rang de Saint Graal de l’investissement.

Ces investisseurs ne cherchent même plus à justifier leurs achats par un narratif, une utopie ou un quelconque concept « disruptif « (ce qui reste le cas sur Tesla et le bitcoin, malgré le dérèglement spectaculaire des mécanismes de formation des prix) : le degré ultime de l’efficacité se trouve atteint en ignorant tout de ce que l’on achète afin que les « décisions » ne soient polluées par aucun biais cognitif, partant du postulat que le marché sait mieux que l’individu le mieux renseigné et que la tendance est la meilleure alliée.

A partir de là, mieux vaut zapper à son tour l’étape « décision » qui comporte une dimension subjective qu’il convient d’éradiquer : seule la machine peut atteindre un autre degré ultime, celui de l’objectivité, et optimiser les positions à la milliseconde.

La fin d’une époque
Ainsi s’achève le grand retournement de la mécanique de formation des prix. Au milieu des années 1980, avec l’apparition des marché dérivés et la généralisation des cotations en continu, quelques rares « originaux » (dont je faisais partie) ont commencé à étudier l’évolution des cours heure par heure par le biais des chandeliers japonais, couplés avec les volumes et quelques indicateurs basiques comme le « momentum ». Ce n’était qu’un outil d’appoint, au royaume des analystes connaissant par coeur les entreprises cotées et alimentant les gérants « discrétionnaires » en études remplies d’informations de première main leur permettant de fixer des caps de prix précis.

A cette époque, en effet, les marchés savaient, mais en 2020, ce sont quelque 90% des investisseurs qui se fient à l’analyse technique sensée prédire les décisions de ceux qui savent afin de deviner les prix. Ce faisant, ils perdent de vue que lorsque des centaines de prix sont produits dans la même seconde, personne ne décide rien… Le prix devient alors la seule « information » et la recherche de la tendance la plus explosive la seule priorité pour les chasseurs de gains rapides, lesquels entraînent dans leur sillage des bataillons d’opérateurs ayant adopté le même formatage.

La gestion indicielle passive, qui représente l’essentiel des volumes échangés, ne fait de son côté qu’ajuster les pondérations relatives des actifs, sans jamais contester la cohérence des prix, ce qui alimente un effet d’éviction pour les unes et de spirale haussière pour les autres.

L’implacable mécanique du « momentum »
Après une tentative de rééquilibrage entre la « croissance » et la « value » au cours du mois de novembre, les flux massifs de liquidité de la FED ont relancé la mécanique implacable du « momentum », avec des achats de petites et moyennes valeurs jugées « en retard » qui ont redoublé grâce à la multiplication des « SPAC » (des fonds non thématiques dédiés à des investissements opportunistes, souvent basés sur une approche quantitative et technique). A l’autre extrémité du spectre, les opérateurs individuels titulaires de comptes de quelques milliers de dollars se sont jetés à corps perdu dans les investissement à effet de levier, comme en témoigne la multiplication par 9 des volumes des achats de « calls » par les « petits comptes » l’an passé. De même, l’encours des achats sur marge (à crédit) a battu les records de février 2000, en même temps que les « PER » de 1929 pour le S&P500.

Comme je l’ai souvent démontré, la bulle, c’est d’abord un état d’esprit et une accumulation de réflexes panurgiques idiots. La meilleure preuve, c’est l’envolée de 1 200% en l’espace de 48 heures d’un titre dénommé Signal Advance, complètement inconnu, avec souvent zéro échange quotidien, pour l’unique raison qu’Elon Musk, le PDG de Tesla, a encouragé ses abonnés Twitter (NYSE:) à « utiliser Signal ». Sauf qu’il faisait référence à une application de messagerie cryptée, comme alternative à WhatsApp ou à Facebook (NASDAQ:) Messenger, et non à une entreprise dont l’action cote 1 cent en Bourse et n’ayant aucune activité connue…

Il s’agit là d’un cas typique d’intervention des « Robinhood Traders », qui s’appuient sur des programmes adossés à des analyseurs lexicaux et se sont retrouvés actionnaires de Signal Advance, société qui a brusquement affiché une capitalisation stratosphérique indépendamment d’un chiffre d’affaires nul insuffisant pour arrêter les robots.

La spéculation franchit les bornes du caricatural, mais est-ce une raison de penser que c’est le début de la fin ? Il y a des liquidités à ne plus savoir qu’en faire et manifestement personne n’a envie de faire machine arrière.

Il serait alors tout aussi difficile d’enrayer une spirale baissière et chacun pressent que les machines en feraient un événement correctif terrible.

Source : investing

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