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L’annus horribilis des pétroliers en Bourse

Publié le 27 déc. 2020 à 10:02

ExxonMobil , la première compagnie pétrolière privée du monde, a cristallisé cette année les déboires boursiers de tout un secteur. En août dernier, la société texane a été exclue de l’indice Dow Jones dont elle faisait partie, sans interruption, depuis 1928. La major américaine était encore la première capitalisation boursière mondiale il y a sept ans. Elle est aujourd’hui rétrogradée au 55e rang et vaut moins de 8 % du numéro un des marchés actions, Apple.

En Bourse, 2020 aura été une véritable annus horribilis pour tout le secteur. Le rendement total pour les actionnaires, qui tient compte de l’évolution des titres et du versement des dividendes, a été de -21 % en Europe et même de -34 % aux Etats-Unis. Sur le Vieux Continent, seul le secteur bancaire a affiché une performance aussi mauvaise.

Les dividendes réduits de 40 %

ExxonMobil a perdu 35 % de sa valeur, l’anglo-néerlandais Shell et le britannique BP plus de 40 %. Le français Total (-21 %) et l’américain Chevron (-24 %) ont fait un peu mieux que la moyenne mais sont restés résolument en territoire négatif. Total, qui était encore la première valeur du CAC 40 en 2018 , s’est fait dépasser par LVMH, L’Oréal et Sanofi .

Cette dégringolade boursière est la conséquence directe de la chute des cours du pétrole et du gaz, elle-même provoquée par l’effondrement de la demande de carburants pour le transport terrestre, maritime et aérien. Un seul chiffre illustre l’ampleur de la crise pour le secteur : le cash flow généré par l’activité des compagnies pétrolières a été amputé de 32 % sur l’ensemble de l’année 2020, avec un creux de -75 % au deuxième trimestre, ont calculé les experts d’UBS. En conséquence, les dividendes versés aux actionnaires ont été réduits de 40 %. Shell a sacrifié le sien pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale.

Défi existentiel

Mais la chute spectaculaire des cours du brut n’explique pas tout. « La transition énergétique force les compagnies pétrolières à réexaminer leur stratégie, poursuivent les analystes de la banque suisse. Il est difficile d’imaginer à quel moment la situation a été plus complexe qu’aujourd’hui pour le secteur. » Toutes les sociétés ont dû revoir leurs perspectives de long terme à la baisse, ce qui les a conduites à annoncer des dépréciations d’actifs cumulées d’environ 90 milliards de dollars.

Après une année de montagnes russes, les valorisations sont reparties à la hausse en novembre, mais peinent à prendre plus de hauteur depuis. « Cela montre que les marchés ont des difficultés à déterminer une valeur appropriée pour le secteur », estiment les analystes d’UBS. Car le recul annoncé de la consommation de pétrole représente « un défi existentiel ».

Rebond en 2021 ?

En réalité, ce « malaise » ne date pas de 2020. Le secteur pétrolier a sous-performé l’ensemble du marché actions de 61 % au cours des cinq dernières années, et de 146 % sur dix ans ! Les valeurs pétrogazières ne représentent plus que 2 % de l’indice américain S & P 500, contre 12 % en 2010.

2021 sera-t-elle l’année du rebond ? Oui, si les cours de l’or noir remontent, comme le prévoient la majorité des experts. Mais le secteur restera « sous pression », préviennent les analystes de Citi, car il devra prouver qu’il peut « opérer dans un environnement qui ne dépend pas de prix du pétrole plus élevés ».

Réduire les émissions de CO2

Pour repartir de l’avant, les compagnies pétrolières devront d’abord être « les plus efficaces possible ». Elles ont déjà taillé dans leurs dépenses cette année, supprimant des milliers d’emplois et resserrant encore leurs investissements. Elles devront ensuite réduire « autant que possible » leurs émissions de CO2 pour répondre aux attentes de certains investisseurs qui suivent des critères environnementaux. La plupart des compagnies européennes ont pris des engagements précis en la matière, contrairement à leurs homologues américaines. Enfin elles devront présenter un taux d’endettement « aussi prudent que possible » pour traverser la crise sans encombre.

Le chemin est encore long. Pour Citi, « très peu de compagnies, voire aucune, ont persuadé le marché qu’elles pouvaient améliorer leur retour sur capitaux » sans dépendre de la remontée des cours du pétrole.

Source : les echos

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