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L’Argentine, aux prises avec ses créanciers, se dirige vers son neuvième défaut

L’histoire se répète en Argentine. Le pays se dirige vers un nouveau défaut de paiement vendredi. Après des débuts chaotiques, les discussions ont repris entre le gouvernement récemment élu d’Alberto Fernandez et ses créanciers internationaux sur la restructuration de plus de 65 milliards de dollars de dette. Probablement trop tard pour éviter un neuvième défaut souverain pour la deuxième économie d’Amérique du Sud. 

L’Argentine faisait déjà face à une crise économique profonde avant même d’être touchée par le coronavirus, qui frappe durement la capitale Buenos Aires. Le Fonds monétaire international (FMI), qui a prêté 44 milliards de dollars au précédent gouvernement, a reconnu le caractère « insoutenable » de la dette du pays dès février, appelant les créanciers privés à accepter une « contribution notoire » pour aider le pays à remettre en ordre ses finances.

Rejet de l’offre gouvernementale

Le gouvernement a fait une première offre à ses créanciers en avril. Elle inclut un moratoire de trois ans sur les intérêts, ainsi qu’une réduction de 5,4 % du capital et de 62 % des intérêts. Cela représente environ 40 milliards de dollars d’allègement de la dette, soit des pertes de plus de 60 % en valeur actuelle nette pour les investisseurs par rapport à la valeur théorique des titres.

Trois groupes de créanciers se sont formés pour peser dans les négociations, et tous ont rejeté cette première proposition. L’Argentina Credit Committee s’est constitué dès décembre, et regroupe de nombreux gérants et hedge funds, notamment les Français Edmond de Rothschild AM ou Amundi. Ce dernier possède quelques centaines de millions de dette argentine émise par l’Etat et par la province de Buenos Aires, déjà en défaut. 

Ce groupe a soumis une contre-offre au gouvernement argentin, qui inclut des titres offrant une compensation supplémentaire en cas de rebond important de l’économie argentine. Il agit en coordination avec un second groupe, formé par des détenteurs de titres issus des restructurations de 2005 et 2010 (à la suite de la faillite de 2001). Il s’agit principalement de hedge funds, conseillés par le cabinet d’avocats Quinn Emanuel. Ces créanciers sont prêts à accepter des pertes d’environ 50 % au total, précise une source proche du dossier.

Position agressive de BlackRock

Le dernier groupe est le plus exigeant vis-à-vis de l’Argentine. Rassemblé autour de grands gérants d’actifs comme BlackRock, Fidelity, Ashmore ou encore T Rowe Price, il a également soumis sa propre proposition au gouvernement vendredi dernier. Elle limiterait les pertes pour les investisseurs à environ 40 %, d’après Bloomberg. Le géant de la gestion passive possède environ 1,7 milliard de dollars de dette argentine, ce qui explique en partie la position agressive qu’il a adoptée dans ces négociations.

Les divergences restent donc importantes à ce stade, sur la durée du moratoire, la réduction envisagée du nominal ou encore sur les taux d’intérêts des nouvelles obligations. Mais la plupart des acteurs espèrent bien parvenir un accord. « Il y a une certaine distance entre l’offre argentine et les souhaits des créanciers, mais elle n’est pas sidérale comme il y a une semaine », a récemment indiqué une source gouvernementale à l’AFP. « Il y a de la motivation des deux côtés », estime pour sa part un créancier. « L’administration argentine est pragmatique et a besoin d’un accord pour assurer la sortie de crise, d’autant que le contexte est très différent de 2001 », ajoute-t-il. 

Lors du précédent défaut argentin, le pays avait longtemps refusé de négocier avec les créanciers, ce qui lui avait coupé l’accès aux marchés internationaux. Ce n’est qu’avec l’arrivée de Mauricio Macri au pouvoir en 2015 que les derniers litiges ont été soldés , notamment avec le fonds Elliott ou avec des investisseurs moins exposés, comme BNP Paribas . Le retour de l’Argentine sur les marchés avait attiré de nombreux fonds , rassurés par les promesses de réforme du président libéral. Certains investisseurs de la première heure, comme le français Carmignac, ont depuis soldé leur exposition. Le pays a ainsi pu lever des dizaines de milliards de dollars, dont une émission emblématique d’une maturité de 100 ans . Aujourd’hui, cette obligation s’échange autour de 30 % du nominal. 

Source : les echos

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