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Le réassureur SCOR quitte la Fédération Française de l’Assurance

C’est une nouvelle fissure dans la maison commune de la famille des assureurs. Le réassureur français, SCOR a annoncé cette semaine son départ de la Fédération Française de l’Assurance (FFA), la principale organisation représentant la profession. Ce départ d’un poids lourd du métier met une fois de plus en lumière les divisions d’un secteur qui s’est retrouvé sous la pression des pouvoirs publics et les critiques des assurés depuis le début du confinement.

SCOR, dont la décision a d’abord été révélée par le site spécialisé «Le pavé de l’assurance», justifie son départ par la façon dont la FFA a conduit ses quelque 280 membres à débloquer 400 millions d’euros pour abonder le fonds de solidarité en faveur des TPE et indépendants touchés par la crise. Cette dotation est régulièrement mise en avant par les assureurs, aux côtés d’un ensemble de mesures de soutien, pour prouver qu’ils ont été à la hauteur de la crise. Ils n’hésitent pas à souligner qu’ils ont été le seul secteur à l’alimenter de la sorte.

Une question de principe

La dotation n’a pourtant pas été du goût de Denis Kessler, le patron du réassureur connu pour ses coups de sang et sa ténacité, mise en lumière dans le combat sans merci qu’il a mené contre le mutualiste Covéa . Pour le réassureur, le problème n’est pas financier : la contribution au fonds est acquittée. C’est une question de principe : la fédération n’a pas vocation, aux yeux du groupe, à collecter des fonds, sous forme de cotisations exceptionnelles auprès de ses membres, en sus des cotisations. Qui plus est pour abonder un fonds qui n’a pas de lien direct avec le métier d’assureur.

Très présent à l’international, le groupe avance qu’il aurait été insoutenable que le scénario français se répète partout. D’autant qu’il n’est pas épargné par la crise. Il s’attend à une hausse de la sinistralité et des dépréciations d’actifs. Le réassureur aurait aimé que la fédération s’engage noir sur blanc à ne plus se lancer dans ce type d’opérations. En vain. Son départ est d’autant plus marquant que Denis Kessler, a dirigé la FFSA, ancêtre de la FFA pendant de longues années.

Des bancassureurs qui renâclent

Peu de temps avant SCOR, le réassureur Munich Re, a lui aussi quitté la FFA. Selon plusieurs sources, c’est là encore la contribution au fonds de solidarité qui l’a poussé à tirer sa révérence. Les incompréhensions ne dateraient pas d’hier. « Je pense que la fédération a été un peu trop loin dans l’ignorance des réassureurs », avance un connaisseur du secteur. Les réassureurs n’ont toutefois pas été les seuls à grogner contre cette dotation. Initialement de 200 millions d’euros, elle a été doublée , sous la pression du gouvernement et sur fond de prolongation du confinement.

« La première contribution s’est faite autour de Bruno Le Maire de manière assez consensuelle », veut croire un assureur. Selon plusieurs sources pourtant, certains bancassureurs, traînaient des pieds, arguant qu’ils étaient par ailleurs sur la ligne de front pour accorder des prêts garantis à taux plancher. D’autres, notamment ceux ayant une petite assise financière, se seraient inquiétés du coût et du calcul de la contribution. Le doublement de la contribution a créé encore plus de remous. Y compris parmi les salariés de certains acteurs, comme la mutuelle SMACL.

Mauvais signal

Très diversement impactés par la crise, selon leur modèle économique, les assureurs sont aussi apparus divisés sur l’épineux sujet des assurances pour pertes d’exploitation. Dès le début de la crise, ils n’ont eu de cesse d’affirmer que ces contrats censés compenser une baisse d’activité ne pouvaient pas être activés en cas de pandémie. Le Crédit Mutuel a cependant pris ses concurrents à revers en déclarant qu’il indemniserait les entreprises touchées sous forme de forfait. De quoi pousser les représentants de deux familles d’assureurs, à demander à traduire le bancassureur devant la commission de déontologie de la FFA.

L’initiative a fait long feu mais elle en dit long, avec les départs récents de ces deux membres, sur les divisions au sein de la FFA. L’organisation est relativement jeune puisque c’est en 2016 que les professionnels ont décidé de s’unir pour réunir sous un même toit les mutualistes, les sociétés anonymes et les bancassureurs mais aussi les réassureurs.

L’idée était alors de parler d’une même voix pour mieux défendre les intérêts de tous auprès des pouvoirs publics. « Des adhérents de poids qui s’en vont, on ne va pas dire que c’est bon ou que cela n’a aucune importance. C’est un mauvais signal et c’est dommage », déplore un acteur de l’assurance.

 D’autant que les réassureurs sont concernés au premier chef par les chantiers auxquels fait face la FFA : la création d’un système de couverture des risques exceptionnels et la révision du régime des catastrophes naturelles.

Source : les echos

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