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Le scandale Wirecard pourrait-il arriver en France?

Fin 2016, la France découvrait avec stupéfaction que la reine du cassoulet trafiquait ses comptes. Pendant près de 10 ans, la PDG de William Saurin a orchestré une fraude comptable sur près de 300 millions d’euros, sans que ni les commissaires aux comptes de renom, Mazars et PWC, ni le gendarme boursier n’aient rien vu ou su. L’affaire est toujours devant les juges. 

Comme l’Allemagne, la France a, elle aussi, son lot de scandales comptables. « Mais, William Saurin est la seule grosse fraude sur ces 15 dernières années, et ce n’était pas un groupe du CAC 40», remarque un expert.

De nombreux scandales au Royaume-Uni

«Depuis la crise financière de 2007-2008, les scandales ont surtout éclaté au Royaume-Uni» ajoute-t-il. Autonomy, BHS, Pendragon, Carillion , Tesco, NMC Health, Thomas Cook. La liste des fraudes comptables est si longue que les autorités veulent une refonte en profondeur de l’audit. Leurs propositions («joint-audit», séparation de l’audit et du conseil et un régulateur puissant et indépendant) sont très proches du système français. La preuve que ce dernier est efficace ? 

«La France a une spécificité,c’est le co-commissariat depuis 1966, indique un commissaire aux comptes. Nommer deux commissaires aux comptes travaillant de manière conjointe a été une alternative aux dysfonctionnements constatés dans le contrôle des comptes et la gouvernance des grandes entreprises. Dans les faits, ce système a bien fonctionné. Il a permis de limiter les risques et de réduire le nombre de scandales. C’est un rempart supplémentaire, même si ce n’est évidemment pas toujours la solution miracle». 

Intraitable sur la séparation de l’audit et du conseil

Par ailleurs, la France s’est montrée – jusqu’à la loi Pacte en tout cas –  intraitable sur la séparation de l’audit et du conseil. Autrement dit, un cabinet ne peut pas conseiller un client dont il certifie déjà les comptes. Le risque de conflits d’intérêts est donc plus limité qu’en Allemagne, où un auditeur peut rendre certaines prestations de conseil, dans la fiscalité ou l’évaluation par exemple, ou qu’au Royaume-Uni, où les «Big Four» (EY, PwC, KPMG et Deloitte) pratiquent les deux.

L’Hexagone s’est aussi doté d’un régulateur de l’audit indépendant et fort, le H3C (Haut Conseil du Commissariat aux Comptes). Ce dernier ne dépend d’aucun ministère, ni de Bercy, ni de la Chancellerie. A l’inverse, le régulateur allemand de l’audit, est, lui, rattaché au Federal Office for Economic Affairs and Export Control (BAFA) qui dépend directement du ministère fédéral de l’économie et de l’énergie. «Cette tutelle peut, peut-être, expliquer une plus grand proximité du gendarme de l’audit avec les entreprises», explique un acteur du secteur.

Ventes à découvert : l’AMF plus prudente

Du côté des gendarmes boursiers, des différences notables existent aussi. La Bafin allemande dépend du ministère fédéral de l’économie et de l’énergie. Et sa sensibilité est différente. En février 2019, elle n’a pas hésité à interdire les ventes à découvert (spéculation à la baisse) sur Wirecard, motivant sa décision par la capitalisation importante du groupe (plus de 14 milliards d’euros), et la nature de ses activités, pouvant affecter la stabilité financière. L’AMF, elle, est plus prudente. Quand Rallye et Casino ont été ciblés par des vendeurs à découvert en 2018, elle a simplement rappelé les règles du jeu aux investisseurs mais n’a rien interdit.

« La Bafin a une culture de l’enquête qui est moins contraignante qu’en France, l’autorité allemande cherche davantage la coopération avec l’entreprise », témoigne aussi un ancien enquêteur de l’AMF. Exemple tiré de son expérience : le régulateur allemand ne procédait pas à des perquisitions à l’improviste dans les entreprises et ses enquêteurs préféraient envoyer des questions par écrit plutôt que d’auditionner des intervenants du dossier. La courtoisie plutôt que la coercition.

Source : les echos

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