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L’eau devient un produit financier en Californie

Publié le 14 oct. 2020 à 12:13

Après avoir fait fortune en anticipant l’effondrement du marché immobilier américain, Michael Burry a concentré ses investissements sur une matière première : l’eau. L’investisseur rendu célèbre par le livre de Micheal Lewis « Le casse du siècle » et le film « The Big Short » expliquait en 2010 avoir investi dans des exploitations agricoles disposant de réserves hydriques sur place.

En 2020, Wall Street lui donne une nouvelle fois raison : les opérateurs de Bourse, le Chicago Mercantile Exchange (CME) et le Nasdaq s’apprêtent à lancer d’ici la fin de l’année des contrats à terme sur l’eau californienne. Une grande première pour cette ressource naturelle, devenue une matière première et un actif au même titre que le blé, le cuivre ou le pétrole.

Pas de livraison physique

Ces instruments financiers permettront aux très gros consommateurs, les communes et les agriculteurs – notamment les producteurs d’amandes -, de se couvrir contre la volatilité des prix. Ils serviront également d’indicateur de la disponibilité de l’eau en Californie et même dans le monde, expliquent les opérateurs boursiers. Contrairement au pétrole, il n’y aura pas de livraison physique, les contrats à terme se régleront en cash.

« Développer des outils de gestion des risques liés à l’environnement est de plus en plus important pour le groupe CME », explique Tim McCourt, responsable des indices au sein de l’opérateur. Le dirigeant rappelle que d’ici à 2025, près de deux tiers de la population mondiale seront confrontés à des pénuries d’eau.

« C’est un mécanisme unique pour les investisseurs et la Californie pour être au moins en mesure de comprendre et d’intégrer le risque de volatilité du prix de l’eau », explique à Bloomberg Carter Malloy, fondateur de AcreTrader, une plateforme pour investir dans l’agriculture. Le manque de visibilité sur les cours est le grand défi du moment, ajoute-t-il.

Flambée des cours cet été

Les contrats à terme sont censés refléter les transactions sur le marché de l’eau californien estimé à 1,1 milliard de dollars et seront liés au Nasdaq Veles California Water Index. Cet indice, lancé en 2018, est calculé sur la base des achats d’eau réalisés la semaine précédente en surface et dans quatre réserves souterraines de l’Etat.

Le prix est exprimé en dollars par acre-pieds, un volume correspondant à 1,2 million de litres. L’indice cote actuellement à 495 dollars, en baisse de 30 % par rapport à un pic de 704 dollars. Les cours ont triplé au printemps dernier à la suite d’un mois de février exceptionnellement sec.

En raison de sa population et de la puissance de son agriculture, la Californie est l’Etat américain le plus assoiffé : 40 % de la consommation d’eau en Californie est liée à l’irrigation de 3,6 millions d’hectares de production agricole. Longtemps quasi-gratuite – il suffisait de creuser et de pomper – l’eau est devenue payante et son utilisation contrôlée avec le Sustainable Groundwater Management Act (SGMA). Cette loi a été adoptée en 2014 après une sécheresse extrême et la distribution de quotas a donné naissance à des marchés où les Californiens peuvent acheter et revendre de l’eau.

L’Australie, où le manque d’eau est encore plus criant, a développé ce type de mécanisme dès les années 1990. Aujourd’hui, le marché de l’eau brasse entre 1 et 3 milliards de dollars, selon les années et les conditions climatiques.

Source : les echos

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