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L’endettement des entreprises françaises, principal risque pour la reprise

Depuis plusieurs années, la Banque de France pointe la hausse de l’endettement des entreprises. Aujourd’hui, elle tire la sonnette d’alarme. Le niveau élevé de dette des entreprises et des ménages est « le risque le plus fort » pour la reprise, a estimé mardi Sylvie Goulard, sous-gouverneure de l’institution, à l’occasion de la présentation du rapport d’évaluation des risques du système financier français. 

Le choc du Covid-19 a frappé un tissu économique fragilisé par l’excès de dette. « Le choc de trésorerie est d’autant plus critique que les entreprises opéraient avec une trésorerie tendue », souligne le rapport. Les PME disposaient de 2 mois de chiffres d’affaires en réserves de trésorerie, contre 3 mois pour les ETI et quasiment 4 pour les grands groupes. Un certain nombre d’entre elles ont été contraintes de solliciter un endettement supplémentaire. 

Un frein à la reprise

« L’augmentation de l’endettement des entreprises est susceptible de dégrader la solvabilité de nombre d’entre elles », poursuit la Banque de France. De quoi compromettre la sortie de crise. « Une hausse marquée des défaillances d’entreprises pourrait à son tour induire une augmentation des créances douteuses au bilan des banques, freinant la dynamique du crédit, nécessaire à la reprise économique», ajoute Sylvie Goulard. 

L’analyse de la structure financière des géants du CAC 40 confirme que le risque est davantage du côté des PME, même si certaines situations individuelles se tendent dans le contexte de crise, notamment chez Renault et dans une moindre mesure Peugeot et Accor. 

Baisse de l’endettement net du CAC 40

L’endettement net (la trésorerie est soustraite de la dette brute) des quarante premières capitalisations de la Bourse de Paris (hors sociétés financières) n’a cessé de diminuer entre 2011 et 2018, selon des chiffres compilés par EY. Il est remonté en 2019, à 199 milliards d’euros, mais « cette hausse est essentiellement liée à l’application des normes comptables IFRS 16, qui assimilent les contrats de location à de la dette locative. » Six entreprises ont même abordé 2020 avec une trésorerie nette positive : Airbus, Hermès, L’Oréal, Peugeot, Renault et ST Microelectronics. 

Les plus endettées ne sont pas nécessairement les plus fragiles. La dette nette de Total (27,7 milliards d’euros) est à la mesure de la taille du groupe et les ratios financiers restent sains. Engie avec 25,9 milliards d’euros de dette a vu son profil financier se dégrader pendant la crise. Pour les agences de notation il est désormais à la limite de la catégorie triple B. Orange affiche toujours 25,5 milliards d’euros de dette mais le groupe de télécommunication revient de loin. Au début des années 2000, son endettement évoluait autour d’une quarantaine de milliards. Dans le cas de Vinci, l’endettement de 21,7 milliards d’euros est supérieur aux fonds propres mais la structure des revenus lui permet de conserver une notation financière solide (dans le bas de la catégorie simple A).

Leviers financiers

Les leviers financiers plus élevés que la moyenne chez Engie et Veolia, où la dette nette représente huit années de résultat opérationnel, s’expliquent par les investissements importants que ces entreprises de services aux collectivités ont dû réaliser. La situation est particulièrement tendue chez Veolia, qui s’est réendetté ces dernières années et où la dette nette représente 180 % des fonds propres. La dette du spécialiste de l’eau et du traitement des déchets reste néanmoins de bonne qualité, pour les agences de notation (catégorie d’investissement). Ce n’est pas le cas de Renault, seul membre du CAC 40 à avoir basculé en catégorie spéculative avec la crise du Covid 19. 

« En moyenne, le gearing (dette nette rapportée aux fonds propres) des sociétés du CAC 40 a baissé de 54 % en 2008, à 41 % en 2010, 30 % en 2015 et 24 % en 2018. Il n’est remonté à 29 % en 2019, qu’à cause des nouvelles normes comptables », indique Nicolas Klapisz, chez EY. Par ailleurs, la dette nette représente en moyenne deux années de résultat opérationnel, ce qui reste très raisonnable. 

À noter

En Bourse, les entreprises notées AA progressent de 19 % depuis le début de l’année, alors que les « BBB » perdent près de 12 % et que les « BB » reculent de 19%

Source : les echos

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