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Les banques françaises parées à affronter une année pleine d’incertitudes

Elles auront limité la casse, mais jusqu’à quand ? Les quatre grandes banques françaises cotées ont conclu avec des fortunes diverses un premier trimestre difficile, marqué par la crise du coronavirus. A l’arrivée, un établissement dans le rouge, Société Générale, et trois qui restent bénéficiaires, BNP Paribas, Crédit Agricole et BPCE (dont la filiale cotée Natixis accuse cependant une perte), mais pour tous, des résultats en forte baisse.

Le coup de tabac a été violent, puisqu’il n’aura pas fallu un mois au Covid-19 pour faire dévier les grands établissements de leur trajectoire. Et par définition ils seront tout entier plongés dans la crise les prochains mois. Quelles sont les leçons à tirer de ce début de crise ?

Des provisions qui s’envolent

C’est l’indicateur direct de l’inquiétude qui a saisi l’économie mondiale : dès le mois de mars, les banques ont vu augmenter leur coût du risque, c’est-à-dire les pertes subies lorsqu’un prêt est susceptible de ne pas rembourser. Les quatre banques ont ainsi passé plus d’1,5 milliard d’euros de provisions supplémentaires, en grande partie en raison du Covid-19.

Tout en se maintenant à un niveau faible (de 0,29 % à 0,67 % des encours), le coût du risque a progressé de 50 % chez Société Générale, triplé chez Crédit Agricole et BNP Paribas , et été multiplié par six chez Natixis et près de deux chez sa maison-mère BPCE.

Nombre de ces provisions ne correspondent pas encore à une hausse avérée des incidents de paiement, mais – en vertu d’une nouvelle norme comptable – à une estimation des défauts à venir. Mais ce n’est sans doute qu’un début, car la crise économique risque de s’approfondir et les incidents de paiement vont se multiplier.

Les activités de marchés ont souffert

La « dislocation des marchés », le terme communément utilisé par les dirigeants pour caractériser la volatilité historique du mois de mars, a frappé de plein fouet les activités de marchés des banques françaises.

BNP Paribas, Société Générale et Natixis ont vu leurs revenus dans les métiers actions plonger au premier trimestre (- 1,4 milliard d’euros), alors que, dans le même temps, ceux-ci se sont envolés dans les banques américaines.

Les établissements français ont souffert là où ils brillent traditionnellement : les produits dérivés d’actions. Très rentables dans un environnement « normal », ils sont aussi très sensibles aux grands chocs de marchés. La suppression des versements de dividendes a fait chuter brutalement la valeur de ces produits. Moins présent dans ces métiers, Crédit Agricole SA a vu les résultats de sa banque d’investissement progresser sur les trois premiers mois.

Après ces déconvenues, certaines banques revoient leur stratégie. C’est le cas de Société Générale qui va encore « simplifier son offre » et « renoncer à certains produits complexes ». Natixis s’interroge également pour la suite et précise : « Nous allons étudier ce que nous voulons faire et ne pas faire à l’avenir » dans les dérivés. Rien de tel n’est prévu a priori chez BNP Paribas.

La machine à prêter à plein régime

Dès le début de la crise, les banques ont été mobilisées pour soutenir les entreprises affectées par la période de confinement. Ce qui se traduit par une bonne résistance au premier trimestre des activités de banque de détail.

Chez BPCE, les réseaux des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne ont ainsi vu leurs revenus grimper de 2 %, et les encours de crédit de 8,4 %. La tendance est la même chez Crédit Agricole.

Avec la mise à l’arrêt de l’économie, les banques n’auront paradoxalement jamais autant produit de crédits que ces dernières semaines, une tendance qui se renforce avec la mise en place fin mars des prêts garantis par l’Etat (PGE) .

A ce jour, plus de 450.000 entreprises en ont fait la demande pour un montant de plus de 86 milliards d’euros. « Le dispositif fonctionne bien, les salariés des banques font le job », a assuré le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, mercredi devant les députés.

BPCE et Crédit Agricole font partie des principales banques mobilisées, avec respectivement 22 milliards et 19,5 milliards d’euros de demandes de PGE à fin avril. Aux PGE se sont ajoutées les lignes de crédit tirées par les entreprises. Chez BNP Paribas, près de 25 milliards d’euros ont ainsi été tirés sur les lignes en mars.

Pour plusieurs établissements, la demande de crédit sur un mois dépasse ce qu’ils produisent habituellement en un an.

Une montée en flèche des dépôts

Si tous les établissements ont connu une hausse rapide des dépôts de leurs clients , le phénomène a été particulièrement marqué chez les s mutualistes. Chez Crédit Agricole (caisses régionales et LCL), les dépôts à vue ont grimpé de 15,1 % sur un an, à 172,4 milliards d’euros. Pour BPCE, la progression atteint 15,6 % (et 11,5 %, tous types de dépôts confondus).

Les banques dites « commerciales » ont connu un phénomène semblable. En un an, les dépôts à vue des particuliers ont progressé de 8,6 % chez Société Générale (à 119 milliards d’euros) et de 8,3 % pour dans la banque de détail France (BDDF) de BNP Paribas, à 192 milliards d’euros.

Ces mouvements montrent que les épargnants ont encore accru leur épargne de précaution, en raison des incertitudes économiques. Mais les entreprises ont elles aussi gonflé leurs dépôts, notamment après avoir obtenu des prêts.

Pour les banques, ce n’est pas une mauvaise nouvelle : « ces dépôts renforcent leur bilan en ressources stables : les ratios de liquidité prudentiels s’en trouvent encore améliorés », expliquait récemment aux « Echos », Laurent Quignon, économiste chez BNP Paribas.

Les fonds propres résistent

La solvabilité a plutôt résisté. Certes, Société Générale a vu son ratio de fonds propres CET1 passer de 13,2 % à 12,6 % entre le quatrième trimestre 2019 et le premier trimestre 2020. Et chez Crédit Agricole SA, il a baissé de 0,7 point à 11,4 %. Mais il a à peine reculé chez BNP Paribas, de 12,1 à 12 %, et même légèrement augmenté chez Natixis, de 11,3 % à 11,4 %.

C’est un constat que fait Alexandre Birry pour l’ensemble des banques dans le monde. « La bonne nouvelle, c’est que les banques ont pu absorber la hausse des provisions avec leur profitabilité, dit le responsable mondial des études sur les institutions financières chez S & P Global Ratings. Mais aux prochains trimestres, ça risque d’être plus compliqué pour certaines ».

Les banques centrales ont anticipé les choses, relâchant considérablement la pression sur les banques. Par exemple, les exigences réglementaires s’établissent désormais à 8,29 % pour Natixis, en baisse de près de 120 points de base par rapport au 1er janvier 2020. « Rien qu’en Europe, quelques centaines de milliards d’euros de capital ont ainsi été libérées », souligne Alexandre Birry.

Source : les echos

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