Placement

Les fonds activistes sont repartis à l’attaque fin 2020

Publié le 13 janv. 2021 à 11:30

En mars, l’épidémie de covid-19 a subitement interrompu les activistes dans leur élan. Seulement 180 nouvelles sociétés dans le monde ont été visées, en 2020 par ces fonds qui cherchent généralement à imposer des changements de stratégie ou de gouvernance pour doper le cours de leur cible. Un plus bas depuis cinq ans. Mais ce coup d’arrêt n’a été que momentané. Au dernier trimestre, les fonds sont repartis à l’offensive. Lazard a recensé 57 nouvelles campagnes (soit une hausse de 128% par rapport au troisième trimestre), dont un peu plus de la moitié aux Etats-Unis. En décembre, Daniel Loeb, le fondateur du fonds new-yorkais Third Point, s’est attaqué à Intel. Elliott, l’activiste américain le plus redouté au monde, a visé le groupe d’assurance finlandais, Sampo, mais aussi Public Storage, spécialisé dans le libre entreposage.

Les sociétés à grande capitalisation ciblées

Si les activistes sont sortis du bois en fin d’année, ils ont aussi changé leur manière de faire . Aux Etats-Unis, les sociétés à grande capitalisation (25 milliards de dollars et plus) sont revenues au coeur de la cible. Elles ont représenté environ 20 % de l’activité du quatrième trimestre. Outre Intel et Public Store, Disney et Exxon Mobil ont fait l’objet de campagnes importantes. En octobre, Daniel Loeb a appelé Disney à suspendre, de façon permanente, le versement de dividendes à ses actionnaires et à utiliser l’argent économisé pour muscler ses plateformes de streaming.

L’identité des activistes continue aussi d’évoluer. Les investisseurs institutionnels et les activistes occasionnels ont lancé environ la moitié de toutes les campagnes. Nouveau venu dans le paysage, Engine N°1, fondé par un vétéran des hedge funds reconverti dans «l’impact investing», Chris James, a pressé Exxon Mobil de se se réorganiser en se concentrant davantage sur l’énergie propre pour améliorer ses performances financières. En France, des actionnaires mécontents sont montés au créneau pour contrer une augmentation de capital chez Unibail Rodamco.  Ces derniers, Xavier Niel, fondateur du groupe de télécommunications Iliad et Léon Bressler, ancien patron d’Unibail ne sont pas des activistes professionnels. Mais ils ont réussi à convaincre les autres actionnaires de la nécessité d’une autre stratégie. 

L’activisme ESG a pris de l’ampleur

L’activisme ESG (Environnement Social et Gouvernance) a pris de l’ampleur. Outre Engine N°1, Bluebell Capital, connu en Europe pour avoir ciblé Mediobanca, a demandé à Solvay d’arrêter de déverser ses déchets d’une usine de Toscane dans la mer. En outre, Christopher Hohn, le fondateur de TCI, a déjà déposé des résolutions liées au climat pour les prochaines AG de sept groupes américains et canadiens dont il est actionnaire : les agences de notation Moody’s et S&P Global, mais aussi Alphabet (ex-Google), Union Pacific Railroad, Charter Communications, Canadian Pacific Railway, et Canadian National. L’activiste leur demande de publier leurs émissions de gaz à effet de serre, de fournir un plan pour gérer ces émissions et d’instaurer un vote consultatif sur ce point tous les ans.

Autre changement, certains activistes de renom ont montré un vif intérêt pour les SPACs, ces «Special Purpose Acquisition Company). Ces structures lèvent de l’argent à la Bourse dans l’unique but de procéder à des acquisitions de groupes non cotés. Ainsi, Bill Ackmann, fondateur de Pershing Square, a levé 4 milliards de dollars sur les marchés. Il a assuré aux investisseurs de son SPAC qu’il sera en mesure de créer de la valeur grâce à son activisme en tant qu’actionnaire de la nouvelle société introduite en Bourse dans les mois à venir. Starboard Value a aussi créé un SPAC, tout comme Corvex, connu en France pour avoir pris une participation dans Danone. Pour l’instant, il n’y a pas encore eu de ‘spac-tivisme’, c’est-à-dire l’utilisation des SPAC pour des campagnes militantes, note Lazard dans son dernier rapport sur le sujet.

Au vu du rebond constaté en fin d’année, 2021 pourrait être une année record. La société de conseil Alvarez & Marshal a estimé que sur les 1.601 entreprises européennes qu’elle suit, 10% «courent un risque important» d’être la cible d’une campagne activiste en 2021. Les activistes pourraient éprouver un regain d’intérêt pour les sociétés britanniques (60 contre 54 fin 2019). Le pays offre en effet un cadre réglementaire et de gouvernance favorable à l’activisme, et des sociétés ont été particulièrement touchées par la crise. 

Source : les echos

Autres articles à lire

L’opacité des hedge funds contestée par les sociétés américaines

administrateur

En pleine crise, les assureurs français investissent dans les entreprises tricolores

administrateur

La tech signe sa pire semaine depuis mars à Wall Street

administrateur

« Il est erroné de considérer que cette épargne dort » 

administrateur

Prêts garantis par l’Etat : Bercy anticipe très peu de défauts

administrateur

Coronavirus : l’Italie grande gagnante du plan de soutien de la BCE

administrateur