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Les fonds de dette révèlent leurs limites face au choc de trésorerie du Covid-19

Conforama , Frans Bonhomme , Courtepaille , Camaïeu , Solocal,Technicolor … Les fonds de dette anglo-saxons, qui ont financé ces entreprises dans le passé, battent en retraite en France. Le covid-19 devait sonner la grande heure de ces pourvoyeurs de financement alternatifs pour soutenir les entreprises françaises en manque urgent de trésorerie. Mais leur présence au tour de table, surtout quand ils sont devenus aussi actionnaires en profitant de restructurations passées, rajoutent aux difficultés des entreprises pour décrocher les aides vitales de financement garanties par l’Etat (PGE).

Face au rejet des banques d’accorder 300 millions d’euros de PGE, les créanciers de Conforama tentent de négocier un rachat par les actionnaires de But. Chez Courtepaille, ICG préfère céder ses parts, après la fin de non-recevoir, là aussi, des établissements bancaires. Idem chez Solocal, où des fonds de dette résistent à la demande de prêt garanti, et où le premier créancier Golden Tree ne parvient pas à négocier une sortie de crise. Même rejet pour Camaïeu, porté par les fonds anglo-saxons opportunistes Farallon et Carval, qui a fini en redressement judiciaire. Chez Frans Bonhomme, la donne est encore plus complexe, l’octroi du prêt garanti repose sur un accord… entre deux fonds de dette, Centerbridge et Hayfin.

Un bilan peu glorieux, qui contraste avec la dernière crise financière. Depuis 2008, les actifs des fonds de dette ont explosé de 250 %, à 819 milliards de dollars dans le monde, et de six fois à 241 milliards de dollars en Europe, selon Preqin. En France, ce ne sont pas moins de 7,7 milliards d’euros qui ont été investis en dette privée dans les entreprises l’an dernier et 4,2 nouveaux milliards levés, selon France Invest.

Les fonds de dette ont investi 7,6 milliards d'euros en 2019, après 7,1 milliards en 2018, selon France Invest.

Les fonds de dette ont investi 7,6 milliards d’euros en 2019, après 7,1 milliards en 2018, selon France Invest.

Mais les banques sollicitées pour fournir ces PGE ne sont pas prêtes à jouer les pompiers là où ces fonds en auraient la capacité. « Certaines entreprises font déjà face à un mur de dette. Cela n’est pas dans l’intérêt de la société et de l’Etat d’accorder un prêt qui ne se remboursera pas. S’ils ne sont pas en capacité de prêter, ces fonds de dette, en position de force, doivent trouver un nouvel actionnaire pour le faire et renforcer le bilan », estime un grand banquier.

Barrière concurrentielle

Cependant, les acteurs historiques de la dette privée français dressent une frontière entre leurs pratiques et celles de concurrents anglo-saxons. « Nous avons accepté toutes les demandes de prêts garantis sollicitées par les entreprises que nous finançons, et dans ces cas cela veut dire accepter d’avoir une tranche de dette super senior et donc de ne plus être prioritaires en cas de défaut », explique Cécile Mayer-Lévi, directeur de l’activité dette privée de Tikehau Capital. Ce n’est pas le cas de fonds alternatifs qui refusent souvent d’abandonner certains de leurs droits avec l’arrivée de nouveaux prêteurs.

Chez Tikehau, ces souplesses ont concerné 60 entreprises sur les 200 en portefeuille, sans compter les aménagements consentis (report des charges d’intérêts, etc.) accordés de façon systématique. Mais Cécile Mayer-Lévi pointe aussi les barrières « concurrentielles » imposées par les prêts garantis. « Quand bien même les entreprises auraient souhaité nous solliciter pour des financements additionnels, les conditions du PGE sont imbattables et les entreprises n’avaient aucun intérêt financier à le faire », explique-t-elle.

Source : les echos

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