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Les fonds monétaires pénalisés par l’afflux de liquidité de banque centrale

Publié le 17 nov. 2020 à 11:38

Le marché est coutumier des mouvements de balancier. Les fonds monétaires en ont fait l’expérience lors de cette crise sanitaire. Courant mars dernier, gagnées par le stress, les entreprises non financières ont retiré pas moins de 13,5 milliards d’euros de ces fonds pour être en capacité de faire face à leurs charges, selon une note de la Banque de France. Mais dès le mois d’avril la collecte est redevenue positive et dans les six mois qui ont suivi, les entreprises y ont reversé 29 milliards d’euros. Selon les données de Six, la catégorie de fonds « Trésorerie » avait ainsi vu son encours progresser de 23 % depuis le début de l’année, à fin octobre.

Ce changement de situation s’explique par les mesures fortes prises par la Banque centrale européenne (BCE) pour ramener le calme sur les marchés. Au programme de rachat d’actifs d’urgence (PEPP) de 750 milliards d’euros annoncé le 18 mars (il a été porté à 1.350 milliards d’euros en juin), s’est ajouté l’élargissement de ses achats aux « commercial papers », les titres de créance de court terme émis par les entreprises non financières.

Des risques de tension limités

« A ce moment-là, la confiance est revenue et les flux avec, au-dessus même des volumes du début de l’année », constate Pierre Boyer, responsable des marchés monétaires et du crédit à court terme chez Candriam. Et si le deuxième confinement apporte un nouveau stress sur la trésorerie des entreprises, les liquidités abondantes limitent les risques de tension sur les fonds.

En parallèle, les entreprises se sont mises en ordre de marche et elles ont consolidé leur financement, notamment grâce aux prêts garantis par l’Etat. Elles se sont ainsi retrouvées avec des volumes de trésorerie très importants. « Une grande partie des dépôts à vue des sociétés est d’abord restée dans les banques avant de revenir dans les fonds monétaires », relate Julien Levy, responsable de la trésorerie et du crédit cash chez CPR AM. En particulier depuis l’été, quand les banques ont obtenu plus de 1.300 milliards d’euros de prêts à long terme de la BCE dans le cadre du TLTRO 3.

Ce financement très bon marché (- 1 %) a eu deux effets collatéraux sur le marché monétaire. D’abord, les établissements bancaires ont réduit leurs émissions de titres à très court terme. Ensuite, ils ont cherché à limiter les dépôts de leurs clients, ces derniers venant augmenter les excédents déjà conséquents qu’elles doivent placer à taux négatif (à -0,50 %) auprès de la banque centrale.

Des émissions moins dynamiques

Mais si les flux investisseurs sont de retour, les émissions sont, elles, beaucoup moins dynamiques et les conditions, peu attractives. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande a comprimé les marges de crédit (spreads). « Nous avons des difficultés à trouver des rendements attractifs malgré les incertitudes économiques, souligne Mathilde Lacoste, responsable de la gestion Investment Grade pour compte de tiers de Swiss Life AM France. Actuellement le couple rendement-risque n’est pas terrible : les entreprises du secteur automobile émettent au même tarif que les bancaires ! »

Cette évolution impacte la performance des fonds monétaires, à -0,34 % depuis le début de l’année, selon Morningstar. Et ces niveaux pourraient encore baisser. « Depuis quelques semaines déjà, les fonds monétaires court terme sont en dessous du taux de dépôt, souligne Julien Levy. Sur le marché monétaire standard, nous avons encore un peu de marge de manoeuvre mais nous pourrions nous en rapprocher progressivement. »

Dans ce contexte, les gérants de fonds disposent de peu de leviers pour améliorer leur rendement, d’autant que la crise est encore dans les esprits. « Les investisseurs sont très sensibles à la qualité des émetteurs en portefeuille, à leur pays d’origine et à leur secteur d’activité », indique Pierre Boyer. La liquidité reste en outre un enjeu majeur. Les maturités courtes sont privilégiées. « Par ailleurs, nous apprécions les obligations de court terme car ces titres sont très liquides et nous pouvons les céder rapidement à un prix de marché, contrairement aux titres de créance qui sont plus difficiles à valoriser », explique Mathilde Lacoste. En outre, les fonds conservent une poche de liquidité importante. « Cela nous évite d’avoir à vendre du papier en cas de remontée de la volatilité », ajoute Julien Levy.

Source : les echos

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