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Les restructurations de dette explosent dans le monde

Douze ans après la crise financière, les restructurations redémarrent en trombe sous l’effet du Covid-19. Au premier semestre, ces renégociations de dette, incluant celles d’entreprises et des Etats, ont bondi de 90 %, à 308,5 milliards de dollars, selon les chiffres de Refinitiv. C’est plus que sur l’ensemble de 2019.

« C’est la plus grande vague de dépôts de bilan aux Etats-Unis que j’aie jamais observé sur une période aussi concentrée », souligne David Kurtz, responsable mondial du conseil en restructuration de Lazard, leader du marché sur ce segment, devant PJT et Rothschild, selon le spécialiste britannique des données de marché.

Jeudi dernier, Windstream s’est placé sous le chapitre 11 de la loi américaine des faillites, après Hertz , plombé par plus de 24 milliards de dollars de passifs, Intelsat (environ 16 milliards) ou encore Frontier Communications (environ 17 milliards). Selon Bankrupcydata.com, plus de 4.000 entreprises se sont tournées vers le régime des faillites depuis janvier.

La sévérité de la crise est plus forte qu’en 2008, des pans entiers de chiffres d’affaires ayant disparu. Mais les leviers de restructuration sont plus importants, surtout aux Etats-Unis où les marchés jouent un rôle plus actif. « Dans les restructurations actuelles, les créanciers existants ont soutenu les entreprises en injectant de l’argent frais pour les aider à passer la phase du chapitre 11 et atténuer les dommages causés par la perte de revenus », dit David Kurtz.

Ce qui a impliqué aussi des conversions de dette en fonds propres. Pour effacer plus de 3 milliards de dollars de dette, Windstream a ainsi élargi son capital à Elliott. C’est là une grande différence avec 2008, notamment en Europe. Un large volet des restructurations visait à repousser les échéances.

Flot de défaillances à l’automne

Les procédures collectives se sont aussi multipliées en France, touchant des entreprises fragiles avant la crise (Fauchon, André, Novares, etc.). Mais « la vraie vague n’a pas commencé. A compter de septembre, il faut s’attendre à un flot de défaillances qui touchera des sociétés saines », estime Saam Golshani, avocat associé de White & Case.

Les entreprises qui n’auront pas retrouvé leur chiffre d’affaires seront en première ligne. « Les problèmes de respect des ratios financiers, qui ont été repoussés car la priorité était d’obtenir d’abord les dispositifs d’Etat, vont obliger certaines entreprises à renégocier avec les banques », estime François Guichot-Pérère, associé-gérant chez Lazard.

Les négociations seront plus longues, les conversions de dette en capital étant considérées en France comme agressives et les injections d’argent frais à l’américaine (« debtor in possession ») assimilées à du soutien abusif des banques. Ces dernières, en première ligne, ne sont pas apaisées.

« La garantie de l’Etat risque d’avoir un effet pervers avec des banques qui pourraient préférer un défaut sur le prêt pour bénéficier de la garantie plutôt que d’accepter une quelconque négociation, considère Lionel Spizzichino, avocat associé chez Willkie Farr & Gallagher. Cela s’est déjà produit avec la garantie Oséo en 2013. »

Le retour des fonds de dette

Or face aux banques, les actionnaires des entreprises en difficultés perdront de leur pouvoir d’opposition, avec la directive européenne sur les procédures collectives transposée en 2021. Ces évolutions « pourraient conduire à plus d’opérations de conversion en capital mises en oeuvre plus rapidement », estiment Vincent Danjoux et Arnaud Joubert, associés-gérants de Rothschild & Co.

Pour eux, il faut anticiper un retour des fonds de dette. « Les injections massives de liquidité peu chères les ont exclus des restructurations mais ces secours ont une fin, indiquent-ils. Oui, ce sont des acteurs offensifs, mais ils apportent des fonds quand les acteurs traditionnels sont absents et mènent les conversions en capital que les banques sont généralement réticentes à conduire. »

Source : les echos

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