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Les rêves de grandeur du fonds souverain saoudien se heurtent à la réalité

Publié le 16 nov. 2020 à 12:33

Pour la première fois, le fonds souverain saoudien, le fonds public d’investissement (Public Investment Fund ou « PIF »), une structure très peu transparente comparée à ses homologues de Norvège et de Singapour, a fait la lumière sur sa performance. Le PIF a enregistré un rendement annuel moyen supérieur à 7 % depuis 2017 selon le prince héritier Mohammed ben Salmane.

A titre de comparaison, l’autre grand fond d’investissement étatique alimenté par les recettes pétrolières, celui de la Norvège, a enregistré une baisse de son rendement de 3,4 % eu premier semestre. Son rendement moyen de long terme, depuis 1998, est de 5,8 % et de 7,6 % ces dix dernières années.

Risques assumés

Le rendement du fonds saoudien est inférieur à son objectif de 8 à 9 %, mais a plus que doublé par rapport à 2017 (3 %). Certains de ses investissements lui rapportent de 70 % à plus de 140 %, selon le bilan des réformes économiques présentés par le prince héritier.

Ce dernier a transformé le PIF, un fonds d’investissement plutôt conservateur créé en 1971, en un investisseur international prêt à prendre des risques. Il a cédé en 2019 pratiquement l’intégralité de sa participation de 4,9 % dans le groupe Tesla géré par le turbulent Elon Musk.

Cette année, le fonds saoudien vient de prendre une participation de 1,3 milliard de dollars, soit 2 % du capital de l’indien Reliance Retail, le plus grand groupe du pays dans le commerce de détail. En juin, il avait investi 1,5 milliard de dollars pour 2,3 % du capital de Jio Platforms, la filiale digitale de Reliance Industries. L’Inde et son vaste marché de 1,3 milliard d’habitants attire de nombreux fonds souverains du Golfe et d’Asie.

Mirage des 2.000 milliards

En 2017, le fonds saoudien avait déclaré qu’il voulait gérer autour de 600 milliards de dollars en 2020. Mais ses capitaux ont seulement atteint 347 milliards de dollars, le plaçant au septième rang mondial des fonds souverains. En 2030, le fonds PIF a l’ambition d’être le plus grand au monde avec près de 2.000 milliards de dollars de capitaux. Un objectif désormais très difficile à atteindre, mais maintenu par le prince héritier. Le plus grand fonds souverain au monde, celui de la Norvège, gère aujourd’hui trois fois plus d’argent (1.200 milliards de dollars) que le PIF.

Soutien à l’économie

Le fonds saoudien contribue aussi à la diversification et au soutien de son économie. Il estime avoir créé 190.000 emplois ces dernières années. Le taux de chômage dépasse cette année les 15 % et les recettes tirées du pétrole vont chuter de près d’un tiers cette année à 110 milliards de dollars.

Le PIF va investir près de 80 milliards de dollars sur deux ans (2021 et 2022) dans l’économie saoudienne, durement frappée elle aussi par la pandémie du coronavirus avec une contraction de 7 % au second trimestre. Il prévoit d’y injecter cette année autour de 26 milliards de dollars. D’ici à 2030, il compte augmenter progressivement ses investissements dans l’économie (tourisme…) et les infrastructures. Ces capitaux pourront provenir de la cession de certaines de ses participations et des bénéfices générés par sa gestion de portefeuille.

Rassurer les étrangers

67 milliards de dollars ont été également récupérés en trois ans dans le cadre de la lutte contre la corruption notamment des élites.

Le pays compte parallèlement sur les investisseurs étrangers pour financer son économie. Il se doit de les rassurer. « L’extrémisme n’est plus considéré comme acceptable en Arabie Saoudite et n’apparaît plus à la surface mais est banni, caché et s’est retiré », assure Mohammed ben Salmane.

Source : les echos

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