Placement

L’Etat sur le qui-vive pour les banques françaises à Hong Kong

Publié le 27 juil. 2020 à 6h39

De très fortes interrogations. C’est ce que suscitent auprès des autorités françaises les menaces de sanctions américaines sur les banques à Hong Kong et la loi chinoise de sécurité nationale.

Les filiales de banques françaises se sont mises en relation directe avec les antennes locales hexagonales. Et la situation, explique-t-on, est suivie avec attention dans les ministères. Il faut dire que les entreprises françaises, bancaires ou non, sont nombreuses à entretenir des relations avec le premier hub financier asiatique.

Il y a une semaine, puis à nouveau jeudi, les autorités financières de Hong Kong ont multiplié les signes d’apaisement. Le Secrétaire financier de Hong Kong et le directeur du gendarme boursier rassurant sur les risques liés aux peines d’emprisonnement à vie pour subversion ou collusion avec des forces étrangères. Des propos qui n’ont pas suffi à convaincre dans la place financière.

Mais la principale menace pour les banques est américaine. Elle concerne les risques de sanctions financières visant des institutions soutenant, aux yeux de Washington, des parties prenantes au processus non démocratique. « Les banques ont commencé à passer leurs bilans au filtre, en particulier dans la gestion de fortune », dit un expatrié français depuis près de quinze ans à Hong Kong. Les banques françaises y comptent 4.700 employés, mais n’y génèrent que 1,8 milliard d’euros de revenus. C’est peu au regard des risques d’amendes potentielles.

Les fonds d’investissement, plus exposés

Financièrement, le risque de rétorsion chinoise est également jugé moins important que le risque de conformité américain, qui peut se chiffrer, lui, en milliards, explique Olivier Dorgans, avocat expert des sanctions économiques de Hughes Hubbard & Reed. Et si Bruno Le Maire s’est félicité la semaine dernière des décisions de Pékin en faveur d’AXA, Amundi et BNP Paribas, les banques françaises réalisent en Chine, hors Hong Kong, seulement 294 millions d’euros de revenus.

Volontairement, l’administration américaine ne chiffre pas le seuil de transactions bancaires qu’elle jugera suspect. Mais « cela va au-delà de la tenue de compte et suppose de participer à un investissement », souligne l’avocat.

Aussi dit-il avoir reçu des questions de fonds d’investissement et de gestion pour lesquels la situation est en réalité plus problématique que pour les banques, car il leur est plus difficile de dénouer des relations nouées sur cinq ou dix ans.

Les risques de sanctions américaines à Hong Kong ne sont pour autant pas comparables à ceux évoqués pour l’Iran . Mais davantage à celles visant la Russie en 2014, donc moins immédiats, juge Olivier Dorgans. « Là où le Congrès et le président étaient alignés à l’encontre de la République islamique, comme le Venezuela et la Syrie, ce n’est pas le cas de la Chine, qui est par ailleurs un partenaire plus important et donc plus nécessaire de préserver », dit-il. Et l’action de Donald Trump est d’abord motivée par la guerre commerciale.

Effet d’opportunité

Dans la communauté financière française, certains voient même aujourd’hui un effet d’opportunité dans les décisions américaines. « Les banques anglo-saxonnes sont plus nerveuses que les Européennes, car elles doivent montrer l’exemple pour leur administration », dit un cadre, alors qu’un autre déclare recevoir plus d’appels venant d’institutions chinoises et d’autres pays tiers.

« Nous profitons de notre relatif statut de neutralité », dit-il. « Les menaces américaines d’accès au dollar des banques chinoises les conduisent à moins se tourner vers Citi, JP Morgan ou Bank of America et à s’adresser à des Européens qui peuvent servir d’intermédiaires et les embarquer pour leur gestion de trésorerie. Cela peut drainer des flux de revenus complémentaires en ‘trade finance’ sur la zone. » Pour d’autres, néanmoins, il s’agit d’une solution temporaire et risquée si Washington active sa menace.

Dans certaines banques anglo-saxonnes, des instructions claires ont été données pour ne pas s’exprimer sur la situation. Certains se rappellent la sanction de marché imposée à l’américain Citadel par Pékin pour avoir cédé des titres lors du krach chinois de 2015.

Aussi, si des banquiers français restent assez confiants, d’autres le sont bien moins. « Tant que vous êtes ‘gui’ (fantôme) et apolitique, vous n’êtes pas ciblé, dit un expatrié. Mais je ne vais pas m’attarder. »

Source : les echos

Autres articles à lire

Un nouveau fonds pour sécuriser le capital des stars de la cote

administrateur

Sodexo cède sa place à Teleperformance dans le CAC 40

administrateur

La justice ordonne à Axa d’indemniser un restaurateur parisien

administrateur

Coronavirus : la Pologne contrainte de fermer plusieurs mines de charbon face à une explosion des contaminations

administrateur

Prêts garantis : la mobilisation des banques étrangères reste faible

administrateur

La nationalisation des banques européennes

administrateur