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L’euro rattrapé par la crise sanitaire

Publié le 22 janv. 2021 à 6:27

La vigueur persistante de l’euro complique la tâche de la Banque centrale européenne (BCE), qui s’est réunie jeudi. Son taux de change global (par rapport aux devises de ses partenaires commerciaux), en repli de 1 % en janvier, est à seulement 2 % de son record de décembre et encore 15 % au-dessus de sa moyenne de long terme. « Les marchés estiment que la BCE n’a pas assez assoupli sa politique monétaire. Ce n’est que lorsqu’elle aura vraiment pris conscience de la menace de la déflation qu’ils vendront de l’euro » estime Robin Brooks, chef économiste de l’Institut de la Finance Internationale. Les marchés anticiperont alors de nouvelles mesures pour éviter le piège de la déflation et le marasme économique persistant qui lui est associé.

Les investisseurs estiment aussi que l’Europe (France…) est en retard sur son programme de vaccination, ce qui retardera la reprise économique et « pourrait faire chuter l’euro vers 1,20 dollar », estime Kit Juckes, responsable de la stratégie sur les changes chez SG. Cette année, l’euro, à 1,21 dollar perd 0,8 % contre le billet vert et a évolué entre 1,21 et 1,23 dollar. Il cède 1 % contre la livre sterling, 2 % par rapport au renminbi, 0,4 % face au franc suisse. Les hedge funds continuent à parier sur la hausse de l’euro par rapport au dollar, selon les données des marchés à terme américains. Ils prennent toutefois leurs bénéfices depuis plusieurs semaines. L’euro avait gagné 9 % contre le dollar en 2020 .

1,23 en 2021

Le consensus des prévisions établies par l’agence Bloomberg voit toutefois l’euro progresser cette année à 1,23 dollar, avec des anticipations comprises entre 1,14 et 1,30 dollar. Un stratège sur deux anticipe un niveau supérieur à 1,24 dollar dans 12 mois. En Europe, « les trésoriers se sont faits à l’idée d’un euro au-delà de 1,20 dollar, estime Jean-Philippe Castellani, responsable de la gestion du risque de change à la Deutsche Bank pour la zone France, Belgique et Europe du Sud. La volatilité implicite à un an de l’euro-dollar avait débuté sous 5 % début 2020 et pour bondir à presque 15 % en mars au plus fort de la crise. Elle est revenue à des niveaux finalement modestes l’année dernière, ce qui a permis de se couvrir à des coûts attractifs par le biais des options. La volatilité est revenue aujourd’hui autour de 6 % à 7 % ».

Nervosité sur les taux

Elle connaîtra un regain de nervosité si l’écart de croissance entre les Etats-Unis et l’Europe s’accentue, ce qui se reflétera dans leurs taux d’intérêt. En 2020, l’euro-dollar a été peu affecté par le différentiel de taux d’intérêt à 2 ans entre les Etats-Unis et la zone euro. Cet écart de taux a assez peu varié car la crise de la Covid-19 a frappé aveuglément les deux économies. Pour que les taux influent de nouveau sur l’euro-dollar « il faudrait à la fois des taux d’intérêt américains plus élevés et davantage de volatilité sur les taux à 2 ans américains et européens » estime Paul Mackel, responsable de la recherche sur les changes à la banque HSBC.

Si les Etats-Unis sortent de la crise avant l’Europe, les taux américains vont progresser et avec eux le dollar. Une zone économique plus dynamique en termes de croissance a des taux d’intérêt plus élevés et attire des capitaux ce qui fait monter sa devise.

Yellen se démarque de Trump

Dans son allocution au Sénat, Janet Yellen, nouvelle secrétaire au Trésor, a rappelé que c’est au marché de fixer la valeur du dollar . Contrairement à Donald Trump , « les Etats-Unis ne vont pas chercher à l’affaiblir ». Mais ils ne toléreront pas que certains pays « ciblent les taux de change pour gagner un avantage commercial ». Elle ne sera pas la Secrétaire au trésor qui mènera la « guerre des changes », en faisant la course aux dévaluations compétitives. Elle réagira si un des partenaires commerciaux des Etats-Unis fait baisser sa monnaie pour favoriser sa compétitivité au détriment des entreprises et de l’emploi américains. En 2020, la hausse de l’euro-dollar avait été facilitée par l’affaiblissement généralisé du billet vert. Un scénario moins probable cette année. La devise américaine a débuté 2021 sur une note stable.

L’euro jalouse les privilèges du dollar

L’internationalisation de l’euro favorise la résilience de son système financier et de son économie selon la Commission Européenne. L’Europe envie les privilèges que donne au dollar son statut de première monnaie mondiale : des taux d’intérêt bas et une influence économique, financière, et géopolitique au-delà de ses frontières. La Commission souhaite notamment encourager l’utilisation de l’euro dans le commerce entre l’Europe et l’Afrique. Elle veut attaquer le dollar sur une de ses chasses gardées historiques, les matières premières. Elle rêve de marchés internationaux où les prix des principales matières et leurs produits dérivés seraient libellés en euros.

Source : les echos

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