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L’onde de chocs du scandale Wirecard

Le scandale Wirecard a pris une nouvelle dimension, lundi, après que le spécialiste allemand des paiements a confirmé des doutes sur l’existence réelle de 1,9 milliard d’euros dans ses comptes, entraînant Moody’s à suspendre sa notation et le régulateur financier allemand à évoquer « un désastre complet ».

Felix Hufeld, le président de la BaFin, a aussi reconnu que son autorité n’avait « pas su empêcher » une situation « jamais vue » au sein de l’indice vedette de la Bourse de Francfort, le DAX, où Wirecard a remplacé Commerzbank en 2018. « C’est une honte qu’une chose pareille ait pu se produire », a-t-il ajouté.

Cet aveu d’impuissance intervient alors que le gendarme financier allemand figure lui-même sous le feu des critiques, soupçonné d’avoir minimisé les alertes lancées notamment par le « Financial Times » sur de possibles fraudes comptables.

Un coup dur pour le secteur

« Alors que l’image du secteur se redressait, c’est un coup dur pour la place financière allemande », selon un banquier allemand. C’est aussi un revers cinglant pour un secteur des paiements marqué ces dernières années par une croissance frénétique et une envolée des valorisations boursières.

Alors que l’affaire menace de déteindre sur l’image du pays – après le Dieselgate – l’onde de choc touche aussi EY, l’auditeur de Wirecard, et Crédit Agricole, qui avait annoncé en 2018 un partenariat ambitieux avec la fintech allemande, considérée alors comme la référence du secteur en Europe.

Lundi, l’entreprise qui valait encore 24 milliards d’euros en 2018 ne valait plus que 1,8 milliard d’euros, son action ayant de nouveau dévissé de 44% après que l’entreprise a reconnu qu’une somme de 1,9 milliard d’euros inscrite à son bilan n’existait « très probablement » pas. L’action, qui valait 100 euros jeudi, ne cote plus que 14,4 euros.

Alors que l’entreprise tente de sauver un crédit de près de 2 milliards d’euros auprès de ses banques, l’agence de notation Moody’s a suspendu sa notation, évoquant une « insuffisance d’informations financières vérifiables de manière indépendante en raison d’irrégularités comptables non résolues ».

Comment les clients vont réagir ?

Trois jours après la démission du patron Markus Braun, la perspective d’une faillite potentielle a mis les clients de Wirecard en alerte. « Si la société venait à disparaître demain, il est possible que des entreprises ne touchent jamais les flux de paiements ‘acquis’ [NDLR, c’est à dire traités] par Wirecard », explique un connaisseur du secteur.

Il peut en effet s’écouler plusieurs jours entre le moment où un consommateur réalise une transaction en ligne, par exemple achète un billet d’avion, et le moment où le marchand reçoit effectivement ce paiement. « Cela paraît assez improbable qu’une entreprise de paiement s’arrête d’un coup et normalement des réserves sont mises de côté pour être sûr de payer les marchands », nuance cependant un autre connaisseur du secteur.

S’il est peu présent en France, le groupe gère les paiements de plusieurs grands noms allemands, comme le discounter Aldi, Deutsche Telekom, Vodafone, Telefonica ou Sky, selon la « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». De manière générale, les grands groupes travaillent avec plusieurs fournisseurs et peuvent se replier sur un concurrent de Wirecard. Une aubaine potentielle pour le français Worldline ou le néerlandais Adyen.

Source : les echos

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