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Moratoires : le soutien des banques sera plus ciblé

Publié le 17 janv. 2021 à 11:18

Comme un air de déjà-vu. Avec la crise du coronavirus, chacun a la désagréable impression de revivre les mêmes scènes, confinement après confinement, couvre-feu après couvre-feu. Dans la banque aussi, les scénarios de crise se répètent.

Jeudi soir, dans la foulée des annonces du gouvernement , la profession a confirmé le différé d’un an supplémentaire des premiers remboursements de prêts garantis par l’Etat (PGE), et la réactivation des moratoires , l’une des premières armes anti-crise dégainées en mars 2020.

Cet éternel recommencement pourrait faire grimper la facture pour les banques.

Pas d’automatisme

En novembre dernier, l’Agence bancaire européenne (EBA) s’inquiétait du risque que les reports de remboursement pouvaient faire peser sur les bilans du secteur. En France, environ 2 millions d’entreprises ont pu en bénéficier, pour un montant d’environ 20 milliards d’euros, sur un total d’encours estimé à 255 milliards.

Du côté des marchés, la vigilance est également de mise. « Les investisseurs regardent parfois les moratoires et les PGE avec méfiance car ils ne sont pas toujours suffisamment bien provisionnés », pointe un analyste financier.

Le mécanisme mis en place en ce début d’année diffère quelque peu, néanmoins, de celui instauré au printemps. Les moratoires ne seront pas attribués de façon quasi-automatique, pour toutes les entreprises, comme cela pouvait être le cas lors du premier confinement . « Cela se fera au cas par cas, sur des secteurs ciblés, notamment ceux qui sont fermés administrativement », décrit une source bancaire.

« Une grande partie de l’économie refonctionne normalement. Du coup, cela donne plus de moyens à concentrer sur ceux qui sont vraiment dans des situations extrêmement difficiles », estime Philippe Brassac, le président de la Fédération bancaire française (FBF) et directeur général de Crédit Agricole, interrogé vendredi sur Radio Classique. Pas question, donc, d’ouvrir les vannes en très grand comme l’an dernier.

Créances douteuses

D’autant plus que les règles prudentielles ont changé. En mars 2020, l’EBA avait adopté des mesures exceptionnelles pour éviter aux banques d’affecter leur bilan en accordant des moratoires en masse. Caduques au bout de six mois, ces règles ont été réintroduites en décembre, mais jusqu’au 31 mars 2021 seulement .

Par ailleurs, elles imposent aux banques de présenter au superviseur un plan de surveillance de leurs crédits en risque. En temps normal, un prêt qui n’est pas remboursé au bout de trois mois peut en effet être considéré comme non performant.

Selon des données publiées en fin d’année dernière par l’EBA, la proportion des prêts soumis à moratoire sur lesquels figurait un risque de perte s’élevait à 12 % l’an dernier, soit davantage que les prêts normaux (7,3 %).

Manque de visibilité

« Les moratoires sont une bouffée d’oxygène et une concession faite au client qui ne fait pas systématiquement basculer ce dernier en douteux, prévient Fabrice Gourgeonnet, directeur du développement Caisse d’Epargne. La banque mène en complément une analyse sur la situation de l’entreprise, ses difficultés financières et ses perspectives de rebond, avant de catégoriser cette restructuration ».

La difficulté principale pour les banques comme pour leurs clients demeure en ce début d’année le manque de visibilité. Contrairement à l’an dernier, où une durée de six mois avait été accordée par défaut, aucune indication de temps n’a été fixée pour les nouveaux moratoires.

« Chaque banque va faire du sur-mesure. On est davantage en figure libre cette fois, contrairement à la figure imposée du printemps », illustre le dirigeant d’un grand réseau, qui s’attend néanmoins à proposer un décalage de trois à six mois sur les paiements d’échéances. « L’horizon, ce sera celui de la vaccination, et de la résorption de l’épidémie qui permettra de desserrer les contraintes ».

Source : les echos

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