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Paiements : WhatsApp interpellée par la Banque centrale du Brésil

WhatsApp vient de mettre un sacré coup de pied dans la fourmilière des banques brésiliennes en annonçant le lancement de ses services de transfert d’argent et de paiement dans le plus grand marché latino-américain, qui est aussi l’un des plus concentrés au monde. « De nouveaux concurrents dans le secteur des services de paiement vont peser sur la profitabilité des banques », avertit déjà l’agence de notation Moody’s dans un rapport.

La Banque centrale du Brésil (BCB), qui prévoit de lancer son nouveau dispositif numérique en novembre, a fraîchement accueilli l’initiative de Whatsapp dans le pays. Moins de 48 heures après l’annonce, elle a demandé des éclaircissements, en considérant « prématurée » toute initiative qui pourrait « fragmenter le marché ». Dans un communiqué, la BCB souligne encore qu’elle sera « vigilante ». « La Banque centrale est soucieuse d’éviter un système trop fermé, comme ceux des Chinois, qui ne serait pas inter-opérationnel, rapide, sûr et transparent », précise un dirigeant de multinationale du secteur financier à São Paulo.

WhatsApp se veut rassurant. « Nous nous plierons à toute la réglementation en vigueur », assure l’entreprise contrôlée par Facebook, qui souhaite également « établir des partenariats avec toute une gamme d’institutions financières brésiliennes ».

Pix officiel

Le système Pix de la BCB, qui sera lancé en novembre, se veut ouvert (intégré au système d’« open banking »), au contraire des systèmes de paiement dits « fermés », comme ceux des chinois WeChat ou Alipay. Pour l’instant, certaines entreprises brésiliennes ont été associées à l’initiative de WhatsApp, comme Cielo, la fintech Nubank et même la grande banque publique Banco do Brasil. WhatsApp joue même la politique de la main tendue. « Nous pensons que Pix sera un bon moyen de permettre de servir tout le monde », dit-il. Mais rien ne dit que ce partenariat s’inscrira dans la durée.

Risque de concentration

Avec 120 millions d’utilisateurs, soit plus de la moitié de la population du Brésil, WhatsApp risque rapidement de dominer le marché. Certains juristes évoquent ainsi le risque de concentration de données entre les mains d’une même entreprise. Pratiquement tous les petits commerçants et travailleurs de l’économie informelle utilisent déjà les services de WhatsApp, ce qui pourrait constituer une entrave à la compétition.

« L’initiative confirme que le Brésil est un marché gigantesque pour l’écosystème des moyens de paiement et des fintech en particulier, souligne Frédéric Donier, associé et fondateur du cabinet conseil Crescendo à São Paulo. WhatsApp payments a fait des tests pendant des années en Inde, mais c’est au Brésil que le projet sera lancé grandeur nature. »

De leur côté, les banques locales redoutent l’inéluctable concurrence des « big techs » dans le secteur financier. D’autant qu’elles savent bien que les marques comme WhatsApp bénéficient d’un énorme capital de sympathie auprès de leurs clients.

Source : les echos

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