Placement

Pétrole : l’Opep et la Russie jouent la prudence

Publié le 3 déc. 2020 à 19:14Mis à jour le 3 déc. 2020 à 19:48

Les négociations démarrées lundi ont été plus laborieuses que prévu, mais elles ont fini par aboutir. Les treize pays membres de l’Opep et leurs dix alliés menés par la Russie se sont entendus jeudi soir pour n’augmenter leur production de pétrole que graduellement en début d’année prochaine. Objectif : continuer à soutenir des cours encore fragiles, alors que la deuxième vague de la pandémie pénalise la demande en Europe et aux Etats-Unis.

Les 23 pays réunis jeudi après-midi en visioconférence représentent plus de la moitié de la production mondiale. Au printemps dernier, ils s’étaient mis d’accord pour s’imposer des restrictions volontaires sans précédent dans l’histoire de l’or noir : au total, quelque 10 millions de barils quotidiens avaient été retirés du marché à partir du 1er mai, l’équivalent de 10 % de la consommation mondiale.

Trop tôt

Ces réductions ont ensuite été allégées à mesure que la demande reprenait, que les stocks accumulés aux quatre coins de la planète commençaient à refluer, et que les cours, tombés au plus bas en avril , retrouvaient un peu de vigueur.

L’accord prévoyait un deuxième allègement des quotas le 1er janvier 2021, la production du groupe devant alors augmenter de deux millions de barils. Ce jeudi, les pays exportateurs ont finalement estimé que c’était trop tôt. La demande de carburant est revenue à un niveau presque normal dans de nombreux pays d’Asie mais elle est encore déprimée en Occident et le transport aérien est toujours en crise.

Le reconfinement pénalise la consommation

Aux Etats-Unis, les stocks de brut qui dorment dans les cuves sont encore 7 % au-dessus de leur moyenne des cinq dernières années et le niveau des stocks d’essence a augmenté la semaine dernière. En Europe, la consommation de carburants est inférieure de 12 % à la normale. « Les mesures de confinement mettent la pression sur le marché du pétrole et pénalisent les carburants routiers, même si ce n’est pas dans les mêmes proportions que pendant la première vague de Covid-19 », souligne Bjornar Tonhaugen, analyste du cabinet Rystad Energy.

C’est pourquoi les 23 pays exportateurs ont joué la prudence jeudi. La production n’augmentera pas de 2 millions de barils en janvier mais de 500.000 seulement. Les ministres des Etats alliés sont convenus de se réunir à nouveau avant de décider d’autres hausses, qui ne dépasseront pas le demi-million de barils par mois au maximum.

Dissensions

L’accord n’a pas été facile à trouver car de nombreux pays ont hâte de produire plus pour renflouer leurs finances publiques, exsangues depuis l’effondrement des cours. C’est le cas de l’Irak, deuxième producteur de l’Opep après l’Arabie saoudite, ou encore du Nigéria. Fait inhabituel, les Emirats arabes unis se sont joints à eux cette semaine pour demander un relâchement des quotas, s’opposant frontalement à leur allié saoudien.

« Après une reprise régulière au cours des six derniers mois, nous sommes maintenant dans une situation d’équilibre très délicat, écrivent les experts de Kpler dans une note publiée jeudi avant la réunion. Tout relâchement des quotas devra correspondre à une nouvelle croissance de la demande ».

Les marchés soulagés

L’accord a été accueilli avec soulagement par le marché, mais sans enthousiasme, car le scénario le plus probable avant la réunion était encore plus prudent : les 23 alliés auraient décalé toute hausse de production jusqu’à la fin du mois de mars. Le baril de brent s’appréciait de 1,1 % jeudi en début de soirée, à 48,80 dollars. «Ce n’est pas le scénario cauchemar que redoutait le marché, mais ce n’est pas non plus ce qu’il espérait depuis des semaines», explique Paola Rodriguez Masiu, analyste chez Rystad.

Source : les echos

Autres articles à lire

Hugo Mathecowitsch, banquier digital | Les Echos

administrateur

Aux sièges des banques, un salarié sur cinq est revenu au bureau

administrateur

Deutsche Bank s’allie avec Google pour se transformer

administrateur

Société Générale – Crédit du Nord : quatre chiffres clés sur une restructuration de grande ampleur

administrateur

Ces investisseurs qui ont succombé à Wirecard

administrateur

Les députés allemands apportent leur soutien à la BCE

administrateur