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Philippe Crevel : « Le taux d’épargne restera élevé dans les prochains mois »

Le gonflement de l’épargne liquide des Français relève-t-il d’une épargne subie ou forcée ou d’une épargne de précaution ?

Les ménages étaient en confinement ce qui limitait leurs capacités de consommation, augmentant mécaniquement le taux d’épargne. Il est ainsi passé de 15 % du revenu disponible brut avant crise à 30 voire 35 %. Cette épargne contrainte ou subie a gonflé à la fois les dépôts à vue et les livrets d’épargne. La collecte sur le Livret A aurait été sans doute bien supérieure si de nombreuses agences bancaires ou des caisses d’épargne n’avaient pas été fermées. 

Cependant, la collecte historique du Livret A en avril relève aussi de l’épargne de précaution. Les ménages ont volontairement décidé de placer une partie de leurs liquidités de leurs comptes courants sur leur Livret A afin de faire face à des jours qui s’annoncent plus incertains.

Cela signifie-t-il que cette épargne ne sera pas rapidement consommée avec la fin du confinement ?

Tout dépend évidemment du moral des ménages et de la situation économique dans les prochains mois. Le dégonflement de cette épargne sera aussi progressif que la sortie du confinement. Pour l’heure, il existe une forme d’attentisme, voire d’inquiétude, qui incite les Français à conserver une épargne importante. D’ailleurs, nous avons observé, lors des crises précédentes, qu’il y a toujours une forte collecte sur le Livret A en période de récession et que le dégonflement de cette épargne est plutôt lent. 

Depuis 2008, les encours ne reviennent jamais à leur niveau d’avant crise. Cette situation concerne à la fois les livrets d’épargne et les dépôts à vue. Nous sommes aujourd’hui sur un stock de liquidités sans précédent de plus de 850 milliards d’euros et ce niveau restera sans doute élevé dans les prochains mois. Il faut noter que cette évolution n’est pas propre à la France et touche la plupart des pays européens.

Comment expliquez-vous cette évolution structurelle de l’épargne ? Faut-il modifier la fiscalité pour réorienter cette épargne vers l’investissement productif ?

Nous sommes certes dans un moment atypique, exceptionnel. Mais plusieurs facteurs structurels, comme le vieillissement de la population ou l’augmentation de la précarité, incitent les Français à conserver plus de liquidités qu’auparavant. Ce comportement est loin d’être irrationnel, même si la rémunération de cette épargne est faible ou nulle. C’est le prix de la sécurité. 

Quant aux réflexions sur l’évolution de la fiscalité de l’épargne, ce débat est ancien et remonte toujours à la surface quand le taux d’épargne augmente et quand la consommation est en panne. Mais je ne crois pas qu’un changement de fiscalité modifiera le comportement d’épargne des Français. Une taxation de l’épargne serait contre-productive. Elle risquerait d’inciter encore plus les ménages à laisser dormir leur argent sur leurs comptes courants ou sous leurs matelas. Le seul sujet aujourd’hui reste le retour à la confiance des ménages.

Source : les echos

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