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Pourquoi les Allemands craignent tant l’inflation

En annonçant en mars qu’il se donnait les moyens d’ aller emprunter 350 milliards d’euros sur les marchés , le gouvernement d’Angela Merkel a réveillé la peur sourde d’une envolée des prix. Pourtant, le 14 mai, l’Office fédéral de la statistique (Destatis) publiait un taux d’inflation de 0,9 % en avril, un point bas depuis fin 2016 en Allemagne. Les économistes de Deutsche Bank anticipent même un taux de 0,4 % pour 2020 et 0,6 % pour 2021.

Las! « Après le virus, l’inflation ? », s’interrogeait dernièrement le Spiegel. Et l’auteur de l’article de s’inquiéter de la capacité de la Banque centrale européenne (BCE) à contenir ce mouvement qu’il juge inéluctable, malgré l’effondrement des prix du pétrole. « Nous constatons des augmentations de prix dans la vie quotidienne pour de nombreux produits et services très demandés en période de distance sociale et de risque d’infection », comme les fruits (+11 %) ou les légumes (+6,5 %), analyse Volker Wieland, économiste membre du conseil des Sages.

Une méconnaissance de l’histoire

S’il ne l’exclut pas, il juge néanmoins le scénario d’un retour de l’inflation « très incertain ». Mais au sein de l’opinion, « cette peur de la hausse des prix pourrait être liée à une méconnaissance de l’histoire», décrypte Nils Redeker, expert en politique économique au Centre Jacques Delors à Berlin.

«Pour de nombreux Allemands, c’est l’hyperinflation causée par les réparations de guerre durant la République de Weimar qui a conduit à la montée du national-socialisme. En fait, la prise de pouvoir d’Hitler fut précédée par la grande dépression, marquée par une déflation sévère. Dans la mémoire collective, comme le montrent nos enquêtes, ces crises sont pourtant imbriquées dans une seule et même catastrophe économique : de nombreux Allemands pensent donc à tort que récession et inflation vont de pair », conclut-il.

L’Allemagne est par ailleurs marquée par une tradition ordo libérale qui donne la priorité au respect des règles écrites et à la stabilité des prix. Dans son arrêt du 5 mai, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a ainsi pointé le non-respect par la BCE de son mandat dans le cadre de son plan de rachat de dettes. Dans une interview récente aux «Echos» , le président du Conseil des sages du gouvernement, Lars Feld, rappelait de son côté que les principales crises traversées outre-Rhin au cours du siècle étaient liées à des niveaux de dettes ayant entraîné une instabilité des prix.

Des intérêts économiques menacés

Le taux d’endettement des ménages outre-Rhin se limite d’ailleurs à 54,4 % du PIB contre 57,8 % pour l’UE et 61,1 % pour la France. Dans ce contexte, les atouts de l’inflation, qui réduit le poids de la dette, n’entrent pas dans l’équation allemande. Et cette grille de lecture spécifique se voit renforcée par d’autres intérêts économiques.

Les Allemands épargnent ainsi près de 11 % de leur revenu disponible (épargne financière), contre 8,4 % pour les Français et 2,5 % pour les Italiens, selon les chiffres de l’OCDE. L’inflation ne peut que menacer ce bas de laine. Les taux bas qui permettent de s’endetter à moindre coût sont d’autant plus exaspérants pour les foyers allemands qu’ils n’en tirent par ailleurs pas parti pour acquérir leur logement. 45 % seulement sont en effet propriétaires contre 62 % en France.

Selon une étude de l’institut IW de Cologne, les actifs financiers des ménages allemands se sont pourtant appréciés de 4,3 % durant la période du plan de rachat de dettes de la BCE mis en cause par Karlsruhe. A titre de comparaison, la hausse n’a été que de 3,7 % entre 2004 et 2008. « Tant que la croissance est bonne et que l’emploi est élevé, l’accumulation de richesse est possible, même en période de taux bas », conclut Markus Demary, auteur de l’étude. Il reste à en convaincre l’opinion allemande.

Source : les echos

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