Placement

Quand l’Asie fait de l’ombre aux géants de la tech américaine

Publié le 15 oct. 2020 à 12:30

L’heure de gloire de la « Big tech » américaine est-elle passée ? Face aux valorisations élevées du secteur et à la pression réglementaire qui monte des deux côtés de l’Atlantique, de plus en plus d’investisseurs cherchent à diversifier leurs placements loin des mastodontes américains. Pour aller chercher des valeurs de croissances encore abordables, beaucoup se tournent vers l’Asie, et en particulier la Chine.

Le parcours boursier de certaines grandes sociétés du secteur a déjà de quoi impressionner cette année. Le spécialiste des smartphones Xiaomi, qui pèse près de 70 milliards de dollars en Bourse, a progressé de 108 % cette année. Le cours de Kingdee International, un fournisseur de logiciel pour les entreprises, a été multiplié par près de 3. Le spécialiste de la livraison par internet, Meituan, a bondi de 160 %, tandis que Wuxi Biologics, une biotech, a quasiment doublé en Bourse. Les investisseurs ne manquent pas de choix. L’indice MSCI China Information Technology a bondi de 45 % sur la période, battant largement le Nasdaq Composite (+ 32 %).

« Une offensive réglementaire en Europe ou aux Etats-Unis pourrait entraîner un effet de report vers la tech asiatique et notamment chinoise », estime Gilles Sitbon, gérant actions internationales pour Sycomore. La Chine a quelques atouts pour attirer les investisseurs, avec un large marché intérieur au potentiel de croissance important. Déjà, « les entreprises chinoises sont en pointe dans de nombreux domaines, dont l’intelligence artificielle et la 5G », ajoute-t-il.

Pour les géants américains du secteur, la menace se précise. La chambre des Représentants a publié début octobre un rapport très critique sur les géants de la tech . La récente poussée démocrate dans les sondages augmente les chances de voir des mesures réellement coercitives mises en oeuvre. Les investisseurs prennent ce genre de menace au sérieux. Il y a deux ans, Facebook avait perdu plus de 60 milliards de dollars de capitalisation en quelques jours suite à la révélation du scandale « Cambridge Analytica ».

Offensive réglementaire

En Europe aussi, le discours politique s’est durci. Au point de voir Thierry Breton, le commissaire chargé de l’économie digitale, évoquer la menace du démantèlement de certaines plateformes. Parmi les priorités de la nouvelle Commission, renforcer ses pouvoirs face aux géants du secteur figure en bonne place, quitte à mettre en place un régime d’encadrement plus strict spécifique aux « GAFA » .

Certains s’inquiètent par ailleurs de la récente volatilité des valeurs techs en Bourse, qui se rapproche des niveaux atteints pendant la bulle internet des années 2000. Le moment est opportun pour se « diversifier hors de la tech américaine », estiment les analystes de la Société Générale. L’alternative ? Le « secteur technologique asiatique », qui offre encore des valorisations attractives , et en particulier les infrastructures télécoms et liées au développement de la voiture électrique.

Des fondamentaux solides

Cette faiblesse relative des valorisations s’observe aussi sur les grands noms du secteur : Samsung s’échange à 12 fois ses bénéfices attendus sur l’année qui vient, contre 30 fois pour Alibaba et plus de 90 fois pour Amazon.

Or, leurs perspectives économiques n’ont rien à envier à celles de la « Big tech ». La croissance annuelle moyenne des bénéfices est attendue à 24 % sur la période 2019-2023 pour l’ensemble de la tech asiatique, selon la Société Générale. Elles bénéficient enfin souvent d’un important soutien politique, notamment en Chine.

Soutien politique

Le gouvernement s’apprête à dévoiler son nouveau plan quinquennal fin octobre et le secteur technologique devrait y figurer en bonne place. « Les Chinois ont fortement misé sur la tech et vont continuer à le faire », pointe Hervé Goulletquer, économiste chez La Banque Postale AM.

Mais pour lui, cette proximité du pouvoir politique avec les géants chinois du secteur pourrait finalement aider les « GAFA » à échapper à des sanctions trop sévères outre-Atlantique. « Il y aura un durcissement de la réglementation, mais les rivalités avec la Chine empêcheront les Américains d’aller trop loin sur le sujet », estime-t-il. Et ce, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle.

Source : les echos

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