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Semestre noir pour l’assurance-vie | Les Echos

Publié le 24 juil. 2020 à 6h34

Le choc de la pandémie de Covid-19 est rude pour le marché de l’assurance-vie. Ce produit d’épargne très prisé des Français a enregistré une décollecte nette (cotisations moins prestations) de 4,7 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, selon les statistiques publiées jeudi par la Fédération Française de l’Assurance (FFA). Il faut remonter à l’année 2012, marquée par la crise de la zone euro, pour retrouver des flux négatifs aussi importants sur un semestre.

Ceux-ci ne traduisent pas des retraits massifs d’épargnants mais plutôt un moindre engouement pour ce produit. Ces statistiques donnent néanmoins du grain à moudre à ceux qui redoutent que la forte tendance à épargner des Français dans des produits très liquides, soit une mauvaise nouvelle pour la reprise économique. Ces données devraient aussi alimenter les discussions sur l’évolution de l’assurance-vie, même si certains voyants sur ce marché de près de 1.800 milliards d’euros sont repassés au vert.

Des agences fermées

Dans le détail, les sommes investies par les Français en assurance-vie (cotisations) ont atteint un peu plus de 54 milliards d’euros sur l’ensemble du premier semestre. C’est presque 20 milliards d’euros de moins que les montants collectés dans la première partie de 2019 alors que, dans le même temps, les montants versés par les assureurs à leurs clients (prestations) se sont maintenus au même niveau.

Pour la plupart des professionnels, ce coup de frein sur les cotisations est le résultat de la crise sanitaire. Nombre de points de distribution, à commencer par des agences bancaires, ont fermé leurs portes ou ont été désertés pendant le confinement alors que l’assurance-vie est un produit relativement compliqué à souscrire à distance. Les professionnels font aussi valoir que les épargnants n’avaient pas la tête à investir dans une assurance-vie au coeur de la crise sanitaire.

Matelas de sécurité

Alors que le confinement a fait chuter la consommation, les particuliers ont épargné des sommes sans précédent depuis le début de l’année. Mais ce sont d’abord les dépôts à vue et les livrets bancaires qui ont fait le plein . D’ailleurs, quand la collecte brute d’assurance-vie a baissé de 20 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année (par rapport à l’an dernier), le Livret A, a collecté l’équivalent au premier semestre. Et ce, alors qu’il n’offre qu’un rendement de 0,5 %.

Mauvaise nouvelle pour l’économie

L’engouement pour les placements liquides et la relative désaffection de l’assurance-vie peuvent inquiéter à l’heure où les autorités cherchent à soutenir la consommation et relancer l’activité économique. La récente décollecte de l’assurance-vie constitue « une très mauvaise nouvelle » pour l’économie, a d’ailleurs déclaré mardi Florence Lustman, la patronne de la FFA. « Tous les milliards qui sortent, corrélativement, ce sont des milliards qui ne sont pas investis dans les entreprises », a-t-elle fait valoir.

Le coup de frein subi par l’assurance-vie alimente aussi les débats, lancés avant la crise du Covid-19, sur l’avenir de ce produit. Depuis des années, les taux d’intérêt au plancher effritent le rendement des « fonds euros », très prisés des Français car offrant une garantie en capital. Surtout, ils compliquent l’équation financière des assureurs qui orientent désormais les épargnants vers les contrats en « unités de compte » (UC), n’offrant pas le même niveau de sécurité pour les investisseurs. Au risque, pour certains, de rendre ce produit moins adapté aux attentes des classes moyennes.

Bonne tenue des unités de compte

En dépit de ces débats et du choc du début d’année, les assureurs peuvent trouver de quoi se réconforter dans les dernières statistiques. La collecte nette est restée dans le rouge mais avec 700 millions d’euros de retraits enregistrés en juin, le coup est moins dur qu’en mars, avril et mai.

Surtout, les cotisations des particuliers – désormais « déconfinés » – sont reparties à la hausse pour atteindre 9,9 milliards d’euros (contre 5,7 milliards d’euros en mai). Ce montant, proche des performances enregistrées en 2019 – une très bonne année pour l’assurance-vie, traduit « le retour progressif à la normale de l’activité économique », souligne la FFA.

Autre motif de satisfaction pour les assureurs : la bonne tenue des unités de compte. Celles-ci ont représenté 35 % des cotisations depuis le début de 2020. Certes les assureurs incitent fortement, voire contraignent les épargnants à en souscrire. Cependant, la tempête boursière du premier trimestre aurait pu décourager ce type d’investissement voire provoquer des retraits de la part des épargnants. Cela n’a pas été le cas.

Source : les echos

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