Placement

Stéphane Boujnah : « Euronext va devenir plus européen que jamais »

Publié le 9 oct. 2020 à 17:59Mis à jour le 9 oct. 2020 à 18:14

En quoi l’acquisition de Borsa Italiana va-t-elle transformer l’activité d’Euronext ? 

Ce rachat est transformant pour de multiples raisons. Il change massivement la taille du groupe, qui augmente de 50 % par rapport à ce qu’était Euronext en 2019 (pro forma des acquisitions récentes). L’Italie représentera 34 % du chiffre d’affaires de l’ensemble combiné. L’Italie est la troisième économie de l’Europe et un pays du G7. C’est la première fois que nous achetons une Bourse d’un autre pays aussi fort économiquement. Cette opération va nous permettre aussi de nous diversifier davantage. Nous achetons un actif que nous n’avons pas dans notre offre de service post-marché, à savoir une grosse chambre de compensation sur le marché italien – CC & G-, et une plateforme de négociation des dettes, notamment souveraines, avec MTS. Cette classe d’actifs va croître considérablement avec les plans de relance gouvernementaux face à la crise du Covid-19. Enfin, nous nous renforçons, avec Monte Titoli, dans le métier des dépositaires centraux, en augmentant nos actifs sous conservation de 2.200 à 5.600 milliards d’euros.

Euronext ressort plus fort. Le groupe est plus européen que jamais. Aujourd’hui, nous réalisons 40 % de notre chiffre d’affaires en France, demain, ce sera 29 % seulement. Nous sommes passés dans une autre catégorie. Nous allons potentiellement entrer dans de nouveaux indices boursiers. 

Comment ce nouveau positionnement change le rôle d’Euronext dans le paysage européen ? 

Ca change tout. En 2014, Euronext valait 1,4 milliard d’euros. Il était vulnérable. En 2016, quand il y a eu l’annonce de la fusion entre Deutsche Borse et le LSE, le risque était grand qu’Euronext se transforme en musée des actions, qu’il n’ait pas d’avenir. Nous nous sommes lancés dans la croissance externe et la donne a changé. Aujourd’hui, Euronext vaut entre 7 et 7,5 milliards d’euros en Bourse. Plus l’entreprise sera forte par sa taille, moins elle sera vulnérable à une offre non sollicitée. Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide, dans la Guerre du Péloponèse, que je n’arrête pas de dire à mes équipes : « Il faut choisir : se reposer ou rester libre. » 

Alors que la Bourse de Londres a choisi de se concentrer sur les données de marchés, Euronext adopte une tout autre stratégie. Comment expliquez-vous cela ? 

Nous avons fabriqué une recette qui nous permet de nous renforcer sur les actions et de faire gagner de l’argent à nos actionnaires. Nous avons réussi à augmenter nos parts de marché et notre rendement. Nous avons, en outre connu un premier semestre 2020 particulièrement dynamique, même s’il s’agit de conditions exceptionnelles en raison d’une forte volatilité sur les marchés. Nous nous sommes aussi diversifiés sur des activités comme le trading d’énergie (avec Nord Pool). Nous allons continuer notre développement stratégique, même si dans un premier temps, nous allons nous concentrer sur l’intégration de nos activités italiennes.

En termes de gouvernance, qu’est-ce que cela va changer ?

Nous allons accueillir, comme notre modèle de fédération d’origine l’a toujours fait depuis la fusion des Bourses de Paris, d’Amsterdam et de Bruxelles, des participants italiens. Un des membres de la Caisse des dépôts italienne fera son entrée dans le conseil d’administration en tant que représentant d’un des trois actionnaires principaux d’Euronext. Un autre représentant indépendant de la Bourse italienne va faire son entrée. Il ou elle présidera conseil de surveillance d’Euronext, alors que le président était néerlandais depuis vingt ans. La Consob, le régulateur italien, rejoindra le collège des régulateurs d’Euronext au niveau du groupe.

Source : les echos

Autres articles à lire

Le crédit à la consommation tente de limiter la casse

administrateur

Trading : le New Jersey attise la rivalité entre New York et Chicago

administrateur

Silver Lake s’offre Silvae, une pépite française de la gestion de la paie

administrateur

Crédit Mutuel Arkéa : Jean-Pierre Denis prend du champ

administrateur

Mieux valorisé que tout le CAC 40, Apple redevient la première capitalisation mondiale

administrateur

Swiss Re passe 2,2 milliards de dollars de provisions liées au Covid-19

administrateur